ACTE I, SCENE VI. 43i
JOSÉPHINE
Parce que M. Durand demeure à côté de chez nous.
LÉOXIE.
Je comprends... Il vous aime?
JOSÉPHINE
Je le crois... Voilà dix-huit mois qu'il me fait la cour;... mais je n'ai jamais voulu l'écouter... Oh ! ça , je vous le jure.
LÉOME.'
Bien vrai ?
JOSÉPHINE
Lisez , madame ;... vous verrez qu'il doit se plaindre,... car il se plaint toujours ; et ça me fait assez de peine.
IRONIE , lisant avec émotion.
Ainsi vous croyez n'avoir rien à vous reprocher?
JOSÉPHINE
Rien... Ce n'est pas ma faute,... il m'aime tant ! il est si gentil ! tandis que M. Grincheux est si défiant , si grondeur , si jaloux !
LÉONIE
A-t-il toujours été ainsi.'
JOSÉPHINE
Non , madame , je ne crois pas... Dans les commencements de notre mariage, il était assez bien, j'en conviens ; mais il y a longtemps que cela a cessé.
LÉOME.
Et depuis quand ?
JOSÉPHINE
Je l'ignore.
LÉONIE
Et moi , je crois le savoir... Joséphine , n'est-ce pas depuis dixhuit mois à peu près ?
JOSÉPHINE
Comment cela?
LÉONIE
Oui , c'est depuis qu'un autre vous a paru aimable que votre mari a cessé de l'être à vos yeux.
Air : .l'eo guette un petit de mon âge.
S'il vous maltraite et s'il vous parle en maître , S'il est grondeur, n'est-ce pas , entre nous ,
Depuis qu'il a sujet de l'être ?
Qui l'a rendu déliant et jaloux ?
El lorsque vous pensez à d'autres, S'il vous épie au losi» , au dehors , S'il est coupable , enlin , s'il a des torts, Ces torts ne sont-ils pas les vôtres?
JOSÉPHINE
Ali , madame !
LÉOME.
Et si vous saviez , mon enfant , quel avenir vous vous préparez? Encore un pas, et il n'y a plus pour vous ni bonheur , ni repos. ( Mouvement de Joséphine. ) Je ne VOUS parle point de vos regrets, de vos reproches continuels,... de votre intérieur à jamais troublé,... de la désunion, de la défiance dans voire ménage... Mais vingt fois par jour l'effroi dans le cœur, la honte sur le front , vous tremblerez d'être traliie... Vous vivrez dans la crainte de vos voisins, dans la dépendance d'un domestique, qui, s'il a cru lire dans votre cœur, aura acquis le droit de vous faire rougir;... et si, fatiguée d'une journée si pénible, vous espérez la nuit trouver le repos, vous le chercherez en vain :... vous ne dormirez point... non; le souvenir de votre faute vous poursuivra jusque dans votre sommeil , et vous craindrez , même en dormant , de
trahir votre secret.
josiipni.NE.
Ah, mou Dieu!... vous me faites peur.
LÉOME.
Oui,... oui,... croyez-moi , il en est temps encore; éloignez de votre cœur et de vos sens des idées dont on triomphe toujours (luaudonleveutbien :...ou peut vivre loin de celui qu'on aime;... on souffre peut-être ; mais on n'est pas vraiment malheureuse.
JOSÉPHINE , pleurant.
Il me semble cependant que je le suis.
LÉONIE, avec agitation.
Ah! c'est que vous ne connaissez pas le remords. JOSÉPHINE , effrayée.
Que dites-vous ?
LÉOME, se reprenant.
Que, dans ce moment même , où vous pleurez , où vous le regrettez , vous trouvez dans votre propre estime , dans la mienne , dansle sentiment de vos devoirs , un adoucissement à vos maux et des consolations... On n'en a plus dès qu'on s'est oublié uu instant... Joséphine , il y a longtemps que je vous vois ici... Vous