SCÈNE III
mon neveu. Vous êtes ici chez lui , car George est le fils de la maison; c'est notre enfant.
OEORGE.
Mon cher oncle !
RiniEBOURG.
C'est moi qui l'ai élevé, et j'en suis fier, et à tous ceux qui ont l'air de se moquer de moi , je leur dis : « Si je suis un ij^norant , mon neveu ne l'est pas. " Comme ce monsieur qui, l'autre jour, avait l'air de me plaisanter, parce que je n'entendais pas une phrase de latin qu'il m'avait lâchée. Si tu avais été là, tu vous l'aurais rembarré, n'est-ce pas.^ Tu lui aurais parlé grec, tu sais le grec'
GEORGE
Oui, mon oncle.
RIQIEBOURG.
A la bonne heure : aussi , quand je t'ai là auprès de moi, je ne crains rien , je délie tout le monde ; et pour bien faire , tu ne devrais jamais me quitter. Mais depuis quelque temps tu nous négliges , ça nous fait de la peine à tous.
Vraiment !
RIQCEBOURG.
Et puis , je te trouve triste et changé.
GEORGE , s'efforçant de rire.
Non , mon oncle.
RIQUEBOURG.
C'te bêtise , je ne le vois peut-être pas !
LE VICOMTE
Monsieur a raison, et hier à l'Opéra tu avais un air malheureux et si abattu , que je t'ai cru malade ; qu'est-ce que cela veut dire ? et qu'est-ce qui te tourmente ?
GEORGE
J'avais beaucoup travaillé.
RIQLEBOl'RG.
Voilà le mal; il se tuera avec ses mathématiques. Il est frop sage, je lui voudrais quelque bon défaut, ça occupe. ( A George. ) Veux-tu des chevaux , des jockeys ? Si tu n'as pas d'argent , il ne faut pas que ça t'arrête : je suis là.
GEORGE
La pension que vous me faites n'est que frop considérable.
482 LA FAMILLE RIQUEBOURG.
RIQUEBOURG , secouant la tête.
Peut-être aussi qu'il y a autre chose. Tu étais hier à l'Opéra , triste et rêveur; est-ce que par hasard de ce c6té-ià?... Hein? dame , mon garçon ! c'est cher, mais c'est égal , je serai censé n'en rien voir.
GEORCE.
Air des Frères de Lail.
Un tel soupçon et m'outrage et me blesse.
lîIQlEDOlRG.
Comm' lu voudras ; on n'en convient jamais. Je sais c'que c'est que les foli's d'jeunesse ; Tout comme un autre autrefois j'm'en donnais : J'n'en peux plus faire, et ce sont mes regrets. IViais, les payant pour un neveu que j'aime, D'un doux souv'nir peut-être encore ému, Je m'persuad'raique j'ies ai fait's moi-même, Et qu'mon bon temps est revenu.
GEORGE
Ah, mon oncle!
RIQUEBOIRG.
Enfin ça te regarde. Je vais avertir ma femme qu'il y a un vicomte qui la demande, il se peut, malgré ça, qu'elle ne soit pas visible, car, depuis quelque temps , elle est souffrante. Mais nous sommes gens de revue. Votre serviteur de tout mon cœur.
(Il entre dans la cbaïubre de inadame Riquebourj. )