SCÈNE X
HORTENSE
Que m'importe ? Je n'y tiens pas.
RIQUEBOUHG.
Et moi, j'y tiens; est-ce que je peux ainsi, toute l'année, me séparer de toi? Déjà, cet été, quand tu as été aux eaux , que nous étions ici , mon neveu et moi , que tu nous avais laissés veufs , nous ne savions que devenir; cette maison est si grande, quand tu n'y es pas ! il n'y a plus de plaisir, plus de bonheur ; il me semble que tu aies tout emporté.
HORTENSE , avec Iciidresse.
Eh bien ! venez avec moi.
RJQUEBOIRC. *
Avec toi ! Certainement que j'irais, si ça se pouvait ; mais mon commerce , mais mes affaires me retiennent ici , je ne peux pas quitter ; et quand j'ai bien travaillé toute la journée , il faut que le soir je te retrouve là , près de moi. Ça me console de tout , ça me réjouit , ça me... Enfin , j'ai besoin de toi , je ne peux vivre sans ça, ça m'est impossible.
HORTENSE
Cependant, si je vous suis chère, vous m'accorderez la grâce que je vous demande. Je souffre ici.
RIQLEEOLRG.
Si c'était pour ta santé , je n'hésiterais pas ; mais les docteurs s'y opposent, il disent que ça te tuera.
HORTENSE
N'importe ; laissez-moi partir.
RIQCEBOLRG .
Et qu'est-ce qui te presse ? qu'est-ce qui t'y oblige ?
HORTENSE
Il le faut.
RIQCEB0I]RG.
Et pourquoi ?
HORTENSE
N'avez-vous pas assez de confiance en votre femme pour vous en rapporter à elle du soin de ce qui est convenable ou nécessaire ?
RIQUEBOllRG .
Si vraiment.
UORTENSr..
Eh bien ! alors, ne me demandez rien ; fiez-vous à moi, et laissez moi m'éloigner.
RIQUEBOURG.
Non, morbleu! Je ne conçois pas une insistance pareille; et il faut qu'il y ait quelque chose là-dessous. J'en connaîtrai le motif; je le veux , je l'exige.
600 L.\ FAMILLE RIQURBOURG.
nOHTENSE.
Je ne puis le dire.
RIQIJEBOURG.
Eh bien ! je n'accorde rien ; tu no me quitteras pas, la resteras.
iiORTENSE , dans le plus grand tioulilc.
0 mon Dieu ! il n'est donc pas d'autre moyen; je n'en connais
pas du moins.
RinuEBOunc.
Que dites-vous ?
IIORTENSE.
Qu'atlachée à vous , à mes devoirs , j'ai cru longtemps que rien de ce qui leur était étranger ne pouvait jamais faire impression sur moi ; je m'étais trompée. Il est des affections qui ne dépendent ni de notre cœur, ni de notre volonté, qu'on ne peut empêcher de nailre , et contre lesquelles on n'est point en garde ; car lorstpt'on commence à les craindre... elles existent déjà.
RIQUEROURG.
Comment !
HORTENSE
Non que vous deviez vous alarmer, et que ce cœur ait cessé de vous appartenir ; il est à vous par le devoir, par l'estime, par la reconnaissance; et grâce au ciel, je suis digne de vous, je n'ai aucun reproche à me faire ; mais peut-être n'en serait-il pas toujours ainsi. Vous êtes mon meilleur ami , mon guide , mon protecteur; venez à mon aide, permeltez-moi de m'éloigner, de céder à des craintes chimériques peut-être! mais que font naître le sentiment de mes devoirs et l'affeclion que je vous porte.
RIQUEBOURG.
Que viens-je d'entendre ! il est quelqu'un que vous aimeriez?
HORTENSE , baissant les yeux.
Non, mais je le crains peut-être! (Vivement.) Il ne le sait pas il ne le saura jamais, etcest pour en être plus sûre que je veux fuir.
RIQUEBOVRG.
Ce quelqu'un , quel est-il P
nORTENSE.
Que vous importe ?
RIQUEBOURG.
Et pourquoi l'airaez-vous ?
nORTENSE.
.le n'ai pas dit cela.
RIQUEBOL'RG , hors de lui.
Et moi, j'ensuis sûr; il fallait l'empêcher^ il ne fallait pas