ACTE I , SCÈNE V
ISABF.LLK.
Ah, mon Dieu!... c'est tout ce que je craignais... Vous voilà ambassadeur ?
CHWIGM.
A peu près. ( A iMoieno. ) Il faut que je vous conte cela ; vous me conseillerez.
LA MARQXISE.
Y pensez-vous? faire jouera monsieur un rôle secondaire, un rcMc de confident , à lui , à l'envoyé dEspagnc !
CHWn.M.
Vraiment, vous êtes aussi envoj^é extraordinaire? .l'aurai donc une fois par hasard l'honneur d'être votre collègue. C'est égal ; ma nouvelle dignité ne m'éblouit pas , et je reconnais toujours votre supériorité. Voici ce dont il s'agit. Il y a à la fin de ce mois un bal, une fête magnifique que donne la cour; il y aura, dans ce bal , des quadrilles de différentes nations. On voudrait y paraître en costumes de ce pays, ces costumes villageois qui sont si piquants, si pittoresques ! Mais comment les avoir bien exacts et bien fidèles ? les grands sont si souvent trompés ! Moi , alors , je me suis présenté, j'ai proposé de venir les chercher ici même , sur les lieux ; et connaissant mon intégrité et mon dévouement , on a daigné me charger de cette mission importante , avec les pouvoirs les plus étendus. Voilà ce qui m'amène.
LA MARQUISE, à part.
11 m'a compris, je respire, et c'est s'en tirer assez gaiement.
CHAVIGM.
Jusqu'à présent , mon ambassade s'annonce sous les plus heureux auspices. Ce matin déjà , à quelques lieues de la ville, l'aventure la plus amusante... J'étais seul dans ma chaise de poste , que je remplissais en entier de ma capacité diplomatique; et je ne sais pas comment cela s'est fait, j'ai renversé , sans m'en apercevoir, un lourd landau , immense bâtiment de construction allemande , et je crois voir encore le propriétaire , quelque comte du Saint- Empire , qui me reprochait d'aller comme le vent. Moi, ce n'est pas ma faute : il faut qu'un Français aille vite , et qu'un ambassadeur ait toujours l'air pressé, vous me l'avez dit cent fois, n'estil pas vrai.'
Ll, COMTE.
Certainement... Et c'est pour un costume de bal que vous fai-
50 Ll£ DIPLOMATE.
siez une telle diligence ? c'est pour cela que vous faisiez vos quatre ou cinq cents lieues ?
Vous eu avez fait souvent le double pour des négociations moins difiiciles. Celle-ci , vous en conviendrez , est des plus délicates; songez qu'elle me met en relation avec les plus jolies femmes du pays, et, pour ne point se laisser troubler ni iniluencer, pour ne point faire attention à la personne , et ne regarder jamais que le costume , savez-vous qu'il faut de la tête , et que vous , qui parlez, vous la perdriez peut-être? Moi , c'est différent , j'y ai moins de mérite qu'un autre, (regardant Isahelle) car depuis longtemps j'ai ma sauvegarde.
( Il passe à la droite d'Isabelle. ) ISABF.LLE.
C'est égal , voilà toujours une mission bien singulière !
LK COMTE
Si singulière, en effet, que dans tout ce qu'il vient de nous dire (bas à la marquise ), je parierais qu'il n'y a pas un mot de vrai.
LA UAIiQUISEjde même et souriant.
Je pense comme vous; il y a quelque autre motif , ( montrant Isabelle ) que VOUS devinez sans peine.
CHAVICM , à pari et la rejçardant.
Qu'est-ce qu'ils ont donc ? ils n'ont pas l'air de me croire ; je leur ai pourtant dit l'exacte vérité.
LE COMTE
Votre intention est-elle de vous présenter à la cour et au grandduc ?
CILWICM.
Non vraiment, je uai pas de lettre île créance : je suis ici incognito, et sans caractère diplomatique; aussi je ne tenais à voir personne que madame de Survilie , dont le goût et les lumières peuvent me guider dans la mission diflicile dont je suis chargé.
LA MAROL'ISE , avec intention.
Je ferai du moins mon possible pour vous seconder, mais il faut d'abord que je montre à cette aimable enfant l'appartement que je lui destine; car elle reste avec moi, sous ma surveillance, sous ma garde; son père me la confie.
CHAVicrsi, avec joie.
Vraiment ! Cela n'empêchera pas les graves conférences que nous