ACTE II, SCENE X
LA MARQUISE
Et comiuent?...
CHAVIGM.
Écoutez bien. Voici , de peur de me tromper, les propres paroles du grand-duc : « Je ne me soucie pas d'être en hostilité avec « deux puissances. Il leur faut aujourd'hui même une réponse << satisfaisante, ou qui, du moins, ne mécontente ni l'une ni « l'autre. »
LA MARQllSE.
Et c'est justement là le difficile.
CHAVIGM.
Attendez donc , ce n'est pas fini... C'est toujours le grand-duc qui parle. « Il faut donc qu'aujourd'hui même mon neveu soit ma- « rié, n'importe avec qui; sinon, c'est vous qui êtes respon- « sable. »
LA MARQl'ISE.
0 ciel !. .. que dites- vous ! vous l'avez amené là ?
CHAVIGM.
Oui, madame , et sans beaucoup de peine, car il y est venu de lui-même; mais vous sentez bien que cela ne peut pas durer plus longtemps , et qu'il faut que le prince se décide.
LA MARQUISE
Oui , vous avez raison ; c'est le moment , ou jamais ; c'est offrir au grand-duc le moyen de sortir d'embarras ; c'est, comme il le désire , ne donner de préférence à personne , ne mécontenter ni l'une ni l'autre; c'est la force seule des événements. .. N'est-il pas vrai ?
CUAVIGM.
Eh oui ! madame.
LA MARQUISE
Ainsi donc , vous conseillez au prince...
CHAVIGM.
Certainement; il n'y a plus à hésiter.
LA MARQUISE
Eh bien ! attendez-moi ici; je me charge de tout, et ne vous mêlez de rien.
CHAVIGM.
Je ne demande pas mieux , parce qu'après tout ce que j'ai fait aujourd'hui...
L\ MAItQllSi:.
Je vais Irouver le grand-duc , et celte idée seule me cause un effroi dont je ne suis pas maîtresse.
CHAVIC.M.
C'est pourtant vrai... cette pauvre marquise... je crois qu'elle
tremble... Allons, madame , allons , du courage.
L\ MARQUISE
Oui , j'en aurai ; je suivrai vos avis , il faut que notre sort se décide. Dans quelques instants , nous serons perdus tous trois , ou tous trois nous serons au faite des honneurs et de la fortune. Adieu, adieu... Attendez-moi.
(Elle entre dans le cubiuet du grand-duc.)