‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 28 sur 64 · XI. — L'abeilte et la mouche · texte numérisé non relu

XI. — L'abeilte et la mouche

Un jour, une abeille aperçut une mouche auprès de sa ruche. « Que viens-tu faire ici ? lui dit-elle d*un ton furieux. Vraiment, c'est bien à toi, vil animal, à te mêler avec les reines de l'air ! — Tu as raison, répondit froidement la mouche ; on a toujours tort de s'approcher d'une nation aussi fougueuse que la vôtre. — Rien n'est plus sage que nous, dit l'abeille ; nous seules avons des lois et une république bien policée ; nous ne broutons que des fleurs odoriférantes ; nous ne faisons que du miel délicieux, qui égale le nectar. Ote-toi de ma présence, vilaine mouche importune, qui ne fais que bourdonner et chercher ta vie sur » les ordures. — Nous vivons comme nous pouvons, répondit la mouche ; la pauvreté n'est pas un vice ; mais la colère en est un grand. Vous faites du miel qui est doux, mais votre cœur est toujours amer : vous êtes sages dans vos lois, mais emportées dans votre conduite. Votre colère, qui pique vos ennemis, vous donne la mort , et votre folle cruauté vous fait plus de mal qu'à personne. Il vaut mieux avoir des qualités moins éclatantes, avec plus de modération. »

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