‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 30 sur 64 · XIII. — Les deux renards · texte numérisé non relu

XIII. — Les deux renards

Deux renards entrèrent la nuit par surprise dans un poulailler; ils étranglèrent le coq, les poules et les poulets; après ce carnage, ils apaisèrent leur faim. L'un, qui était jeune et ardent, voulait tout dévorer ; l'autre, qui était vieux et avare, voulait tout garder pour l'avenir. Le vieux disait : « Mon enfant, l'expérience m'a rendu sage ; j'ai vu bien des choses depuis que je suis au monde. Ne mangeons pas tout notre bien en un seul jour. Nous avons fait fortune; c'est un trésor que nons avons trouvé, il faut le ménager. » Le jeune répondait : « Je veux tout manger pendant que j'y suis, et me rassasier pour huit jours; car pour ce qui est de revenir ici, chansons ! il n'y fera pas bon demain : le mai tre, pour venger la mort de ses poules, nous assommerait. » Après cette conversation, chacun prend son parti. Le jeune manjge tant qu'il se crève et peut à peine aller mourir dans son terrier. Le vieux, qui se croit bien plus sage de modérer ses appétits et de vivre d'économie, veut le lendemain retourner à sa proie et est assommé par le maître. Ainsi chaque âge a ses défauts : les jeunes gens sont fougueux et insatiables dans leurs plaisirs; les vieux sont incorrigibles dans leur avarice.

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