‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 41 sur 139 · De corrept. et grat., cap. xiv. n. 45, tom. X · texte numérisé non relu

De corrept. et grat., cap. xiv. n. 45, tom. X

qu'on ne peut révoquer en doute sans être impie, savoir, que Dieu a une puissance toute-puissante d'incliner les cœurs où il veut : sine duhio habens humanorum cordium quo placeret incUnandorum omni- •potentissimam potestatemK Mais c'est sur de tels passages que lescontre-remontrants établissent leur irrésistibilité: et ils ne manquent pas d'attribuer à la nature ou essence de la grâce ce que saint Augustin ne dit que de la volonté de Dieu, Ils ne manquent pas de citer ces paroles du même endroit : Non est itaque dubitandum voiuntati Dei, qui et in cœlo et in terra omnia quœcumque voluit fecit, et qui etiam illa quse futura sunt fecit, humanas voluntates non posse resistere quominus ipse faciat quod vidt; qiiandoquidem etiam hominum tolunlatihus^ quod vult, quum vult^ facit^. Si vous dites que cette irrésistibilité dont parle saint Augustin , quand il dit humanas voluntates non posse resistere, vient de la nature de la grâce même, voilà Virrésistibilité de Dordrecht. Si, au contraire, vous dites que la grâce n'est point par sa nature irrésistible, c'est-à-dire indéclinable ou nécessitante, mais que c'est seulement le décret ou volonté de Dieu, qui ne peut être frustrée de son efifet, puisqu'il voit déjà comme présent tout ce qu'il veut; vous ne mettez l'efficacité de la grâce que dans sa congruité : Ita suadetur ut persuadeatur.... quomodo eis vocari aptum est.... quomodo scit ei congruere, ut vocantem non respuat.

Alors vous dites, avec saint Augustin, que la nécessité qu'impose la volonté toute-puissante n'est point une nécessité nécessitante, puisqu'elle n'est qu'identique. Dieu voit ce que nous appelons futur contingent comme une chose déjà présente et déjà faite : qui etiam illa quœ futura sunt fecit. Il a déjà fait ce bon vouloir qui est encore futur à l'égard de l'homme , et par conséquent il en est bien assuré : Certissime liber antur.... indeclinabiliter.... insuperabiliter.... omnipotentissima potestate. Tout cela est vrai; il le voit déjà fait : faut-il s'étonner que l'homme ne puisse résister à une volonté, quand il est déjà vrai qu'il ne lui résiste point? D'ailleurs, il est vrai que Dieu a dans les trésors de sa sagesse et de sa puissance des moyens infinis et inépuisables de gagner les cœurs des hommes, de les persuader, de les toucher, de les incliner, de leur faire vouloir ce qu'il veut, de tourner même selon ses desseins leurs volontés les plus impies : In nobis miràbili modo et ineffabili operatur. Ce n'est point par des liens grossiers, par des causes nécessitantes de leur propre nature, qu'il s'assure de notre vouloir. Si un ami d'un génie supérieur à son ami est souvent sûr de le persuader certissime, quoiqu'il ne puisse ni mettre quelque chose en lui ni lui ôter quelque chose ; s'il est vrai qu'il peut tout sur cet ami pour la persuasion raisonnable, à combien plus forte raison Dieu, qui sait tout et qui porte dans les cœurs toute la force qu'il lui plaît, peut-il s'assurer de faire vouloir le bien à l'homme quand il l'a résolu! Ehl qu'y a-t-il de plus naturel, pour ainsi dire, que de vouloir ce qui est véritablement bon? Qu'est-ce que le péché, sinon une erreur et une déraison? Encore une fois, qu'est-ce que le péché, siuDn

i. De cûrrtiJl. ttijrat., cap. xiv, d. 45, tum. X. -^ 2. Ibid.

VLûe chute, une foiblesse, une défaillance de la volonté? Plus Dieu éclaire et fortifie l'homme, plus il l'éloigné de la défaillance, de l'errear et du vice. Il s'assure donc de l'entendement et puis de la volonté de l'homme, Pen le persuadant, Ita suadetur, ut persuadeatur ; 2° en le fortifiant contre sa foiblesse, adjuvando.

Pour les moyens de persuader et de fortifier, ils sont infinis dans les trésors de Dieu : mirabili modo et ineffahili. Il ne seroit pas Dieu s'il ne savoit pas s'assurer, quand il lui plaira, du cœur de chaque homme, et pour faire le bien, et pour régler le mal. Voilà la vérité générale, tant pour l'ordre naturel et même pour toutes les actions des impies, que pour l'ordre surnaturel et pour les bonnes œuvres des saints. Il ne reste qu'à dire, après saint Augustin, que Dieu fait par sa grâce médicinale, dans un pécheur pour sa conversion, ou dans un juste pour sa persévérance, ce qu'il a su faire dans le cœur des impies, par exemple dans le cœur des Juifs qui condamnèrent et crucifièrent Jésus- Christ, peur s'assurer de l'accomplissement de son décret sur la mort du Sauveur : quod consilium et manus tua decreierunt fieri '. C'est seulement en ce sens que saint Augustin dit : eosque voluntatibus eorum, quas ipse in illis operatus est, traxit; c'est-à-dire seulement qu'il invite, qu'il attire, qu'il incline : quornodo eis vocari aptum est.... quomodo scit ei congruere, ut vocantem non respuat; qu'il s'insinue, et invite si bien qu'il persuade : Ita suadetur ut persuadeatur ; qu'il aide et fortifie l'homme contre lui-même : adjuvando; qu'enfin, il opère avec l'homme, comme cause, le vouloir de l'homme même : eosque voluntatibus eorum, quas ipse in illis operatus est, traxit. Aussi, voyons-nous que saint Augustin déclare que la prédestination n'ajoute rien à la simple prescience que le seul don des grâces qui aident, qm persuadent , et qui sont si congrues, que la volonté qui peut les rendre inefficaces ne veut pas le faire : quomodo scit ei congruere, ut vocantem non respuat. Voilà la dernière borne. Entre cette doctrine et l'irrésistibilité des contre-remontrants de Dordrecht, c'est-à-dire des plus outrés protestants, il n'y a aucun milieu réel dont un homme sincère et sérieux puisse s'accommoder.

Quatrième question. — Du motif de la délectation.

Au reste, îa délectation ni délibérée ni indélibérée ne doit jamais être la cause finale, non plus que l'efficiente, de notre vouloir.

Pour la délectation indélibérée et involontaire, elle ne peut être qu'un sentiment agréable. Vouloir la vertu pour son plaisir, c'est tomber dans l'épicuréisme. Épicure mettoit la dernière fin dans la volupté, c'est-à-dire dans le plaisir en général. Que ce plaisir vienne à l'occasion du corps ou non, n'importe; c'est toujours également le plaisir de l'âme, c'est-à-dire la modification de la substance pensante et incorporelle. Or, cette modification de mon âme n'est point distinguée d'elle : agir pour mon plaisir, c'est agir pour moi; plus le plaisir est grand, plus nous agissons pour nous-mêmes, en le recherchant comme notre

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