EpUt. cxx, ui. cxii. toin. H
offices soût variés de lectures de l'Écriture, de chant des Psaumes, et de courtes oraisons ou demandes. Mais nous apprenons par saint Clément, par Cassien et par les autres ascètes, que le but de ces fréquentes et courtes oraisons étoit d'accoutumer peu à peu les solitaires à une contemplation presque continuelle. Lisez les conférences rx , x et XI de Cassien : vous voyez que saint Antoine passoit la nuit en oraison ; vous voyez que les autres contemplatifs étoient dans une présence de Dieu familière et presque perpétuelle. Lisez le Trésor ascétique: alors, ces oraisons jaculatoires n'étoient plus si vives ni si marquées; mais elles étoiect plus profondes, plus familières, plus paisibles, et presque sans relâche. Tant que vous n'appellerez oraison que des actes vifs et formés avec ardeur et goût sensible, vous n'en pourrez jamais faire longtemps de suite, et vous ignorerez toujours la manière d'accomplir le précepte de Jésus-Christ et de l'apôtre pour l'oraison sans intermission; vous demeurerez sec, raisonneur, critique, toujours ombrageux sur votre propre oraison, et cherchant sans cesse le goût sensible, qui tantôt vous fuira, et tantôt vous éblouira dangereusement.
Il faut donc assujettir les âmes à une oraison réglée, d'abord courte, à la vérité, pour modérer leur ferveur naissante et ménager leurs forces; mais qui croisse à mesure que vous voyez la grâce agir en elles , pour les rendre capables d'être plus longtemps de suite et plus paisiblement dans la présence amoureuse de Dieu.
Si dans la suite ces âmes sont dans l'obscurité, dans la sécheresse, dans la privation de ce plaisir et de cette ferveur sensible qui leur rendoit d'abord la vertu si douce, elles doivent se souvenir que les apôtres passèrent des douceurs du Thabor aux horreurs du Calvaire ; que saint Pierre, enivré sur le Thabor, ne savoit ce qu'il disait, en disant : Bonum est nos hic esse; si vis, faciamus hic tria tahernaculaKqu'enfin, Jésus-Christ parloit dès lors de sa passion avec Moïse et avec Élie, parce que les consolations préparent aux croix.
H faut accoutumer peu à peu ces âmes à vouloir sans sentir, ce qui est le martyr intérieur. La plus pure oraison commence, dit sainte Thérèse, dans ces épreuves et ces privations où l'on est tenté de croire qu'elle cesse, et où la l'on quitte souvent par découragement. Il faut pourtant juger de l'arbre par les fruits, c'est-à-dire : examiner si ces âmes qui perdent le goût sensible sont fidèles, dociles, sincères, humbles, mortifiées. Il faut aussi leur faire éviter l'oisiveté intérieure. Si elles ont besoin de lecture, de méditation, de pratique, il ne faut ni les leur soustraire à contre-temps, ni craindre de les y remettre, si on éprouve qu'elles en tirent quelque suc, comme parle le bienheureux Jean de la Croix.
Mais enfin, rien n'est si pernicieux à la piété que de supposer que .a délectation sensible décide de tout. Que ceux qui ne veulent écoutez que saint Augustin l'écoutent au moins sur ceci. Il assure qu'il nous est souvent utile de ne voir point notre ouvrage, et de ny prendre point de plaisir: Ideo quisque, nostrum honum opus suscipere, agere, im-