‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 71 sur 139 · Efj. auL, ad Hoiiùtat., ca^, iVic, n. 4i · texte numérisé non relu

Efj. auL, ad Hoiiùtat., ca^, iVic, n. 4i

nous a faits, H ne nous a donné de l'amour qu'afin que nous l'aimions. Il faut rétablir l'ordre en reuTersant le désordre qui a prévalu. U faut mettre Dieu, qui est le tout, en la place que le niOt occupoit, comme s'il eût été le tout, le centre et la source universelle. 11 faut réduire ce moi dans son petit coin, comme une foible parcelle du bien emprunté. En même temps il faut rendre à Dieu la place du tout, et avoir honte de l'avoir laissé si longtemps comme un être particulier, avec lequel on veut faire des conditions presque d'égal à égal, pour s'unir à lui, ou pour ne s'y unir pas ; pour y chercher son avantage , ou pour se tourner de quelque autre côté. En un mot, il faut mettre Dieu en la place suprême que le moi usurpoit sans pudeur, et laisser au m^i cette petite place où l'on avoit rabaissé et rétréci Dieu. Faites que les hom mes pensent de la sorte, tous les doutes soîit dissipés, toutes les révoltes du cœur humain sont apaisées, tous les prétextes d'impiété et d'irréligion s'évanouissent. Je ne raisonne point, je ne demande rien à l'homme, je l'abandonne à son amour; qu'il aime de tout son cœur ce qui est infiniment aimable, et qu'il fasse ce qu'il lui plaira; ce qui lui plaira ne pourra être que la plus pure religion. Voilà, le culte parfait : nec colitur nisi amando. Il ne fera quaimer et ob^ir. La nation des justes, dit l'Écriture •, n'est qu'obéissance et amour.

IV. Cet amour, dira-t-on, est un culte intérieur. Mais le culte extérieur, où le trouvera-t-on? Pourquoi supposer que Dieu le demande? Mais ne voit-on pas que le culte extérieur suit nécessairement le culte intérieur de l'amour? Donnez-moi une société d'hommes qui se regardent comme n'étant tous ensemble sur la terre qu'une seule famille, dont le père est au ciel; donnez-moi des hommes qui ne vivent que du seul amour de ce père céleste, qui n'aiment ni le prochain ni eux-mêmes que pour l'amour de lui, et qui ne soient qu'un cœur et une âme : dans cette divine société , n'est-il pas vrai que la bouche parlera sans cesse de l'abondance du cœur? Ils admireront le T ès-Haut, ils aimeront le Très-Bon; ils chanteront ses louanges, ils le béniront pour tous ses bienfaits. Ils ne se borneront pas à l'aimer, ils l'annonceront à tous les peuples de l'univers; ils voudront redresser leurs frères, dîs qu'ils les verront tentés, par l'orgueil ou par les passions grossières, d'abandonner le Bien-Aimé. Ils gémiront de voir le moindre refroidissement de l'amour. Ils passeront au delà des mers jusqu'au bout de la terre, pour faire connoître et aimer le Père commun aux peuples égarés qui ont oublié sa grandeur. Qu'appelez-vous un culte extérieur, si celui-là n'en est pas un? Dieu seroit alors toutes choses en tous^ ; ilseroit le roi, le père, l'ami universel; il seroit la loi vivante des cœurs. On ne parleroit que de lui et pour lui; il seroit consulté, cru et obéi. Hélas! si un roi mortel ou un vil père de famille s'attire par sa sagesse l'estime et la confiance de tous ses enfants, on ne voit à toute heure que des honneurs qui lui sont rendus; il ne faut point demander ou est son culte, ni si on lui en doit un. Tout ce qu'on fait pour l'honorer, pour lui obéir, et pour reconnoître ses grâces, est un culte continuel qui

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