‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 75 sur 139 · SUR LA RÉFUTATION DE SPINOSA · texte numérisé non relu

SUR LA RÉFUTATION DE SPINOSA

1» L'être infiniment parfait est un, simple, sans composition.

Donc il n'est pas des êtres infinis, mais un être simple qui est infiniment être.

Tout infini divisible est impossible.

Donc l'infini dont nous avons l'idée est simple, donc il est infini par une totalité d'être qui n'est pas collective, mais intensive.

L'unité dit plus que le plus grand nombre. Tout nombre est fini, il n'y a que l'unité d'infinie. Donc l'être infini, en épuisant intensivement la totalité de l'être, ne l'épuisé point collectivement ou extensivement.

• 2° Il est plus parfait de pouvoir produire quelque chose de distingué de soi , que de ne le pouvoir pas.

Il y a une distance infinie du néant à l'être. Faire passer quelque chose de l'un à l'autre ne peut être qu'une action infinie.

Donc il y a une distance infinie entre un être fécond et un être stérile.

Donc tout être qui est stérile n'est point infini : donc l'infini est fécond, c'est-à-dire puissant pour faire exister ce qui n'étoit pas.

Il peut produire quelque chose, puisqu'il est infini.

Il ne peut produire l'infini; car l'infini est lui-même, et il ne peut se produire soi-même, puisqu'il est déjà.

Donc il ne peut rien produire que de borné, c'est-à-dire imparfait

Ce qu'il peut produire ayant des degrés de possibilité et de perfection oui remontent à l'Infini, aucun de ces degrés n'est mfini. C est le bion car c'est l'être; mais c'est le bien imparfait, car c'esi lêlre borné.

Aucun de ces degrés d'être possible ne détermine l'être infini- aucun ne Se • il n'y en a aucun qui ne demeure à une distance infime de ^ui- le Plus élevé qu'on puisse assigner est infiniment au-dessous de lu Don tous, qudque inégaux entre eux. sont égaux par rapport à Z' puisque tous lui sont infiniment inférieurs, et que l'mfim absorbe

^°àc^ri;:?S^ure en lui-même indifférent entre produire et ne produire pas, entre produire un ouvrage à un degré d être supéiieur ou nfé?ieur, entre l'être et le non être, entre l'être supérieur et î'inférieur^ Tous les degrés inégaux entre eux sont toujours égale- THPnt dans une infériorité infinie à son égard.

DoncTestUbre d'une parfaite Uberté d'indifférence POur créer ou ne créer pas- pour créer peu ou beaucoup ; pour créer un ouvrage plus ôumoîisTu'rable, plus ou moins étendu et multiplié, plus ou mo.ns arrangé plus ou moins parfait.

30 D u^st tout degré d'être; mais il n'est pas tout être en nombre Le même degré d'être peut être possédé par l'ouvrage de Dieu, avec exclusion de tous les degrés supérieurs, et être en Dieu même avec d'aut^-es degrés infinis au-dessus.

.NOUS avons vu que l'être infiniment parfait a , parmi ses perfections ceUe de pouvoir faire exister ce qui n'est pas et de le fixer à un des degrés bornés d'être que cet être fécond possède en lui sans bornes 11 ne peut faire des êtres que dans quelque degré correspondant à ceux qui sont en lui sans distinction, par un infini simple et indivisible: Zc S pL communiquer l'être et la perfection à quelqu'un de ces degrés, sans se communiquer lui-même.

n esJ infini en degrés de perfection, et non en parties donc il peut produire quelque cbose hors de lui, sans ajouter rien à son mfini puisqu'il n'ajoute, en créant un nouvel être, aucun nouveau degr 'd'eperfecdon aux' degrés infinis qu'il possède. Donc la créaion d'un univers réellement distingué de lui n'ajoute rien à ^ ^^«"^ ^ sa plénitude et à sa totalité; sa totalité, sa plénitude, son mfim ne tombent %ie sur les degrés d'être et de perfection La ^Itiplication des êtres dans la création de l'univers ^'ajoute rien à ces degrés m^ seulement elle augmente les êtres en nombre Tout se fédmt à ce principe évident, qu'il y a une différence essentielle entre être infiniment et être une collection d'êtres infinis.

Je suis : je ne suis pas infini : donc je ne sms pas Dieu je suis donc un être ajouté à l'infini, mais non pas dans le genre où il est infini. Je ne suis qu'un ajouté à un; je ne suis qu'un ajouté à un autre qui est infiniment plus un que moi. z * • «,

U Y a d'autres êtres semblables à moi, qui sont bornés et imparfaits leur nombre démontre leur imperfection, car toute pluralité est une coUection; toute collection dit parties; qui dit parUis dit êtres Imparfaits, et qui ne sont pas tout.

Ces parties sont réellement distinguées les unes des autres. On conçoit l'une sans concevoir l'autre : on conçoit l'anéantissement de l'une sans concevoir que l'autre perde rien, et sans diminuer en rien son idée qui est la représentation de son essence.

Il est vrai qu'on ne peut concevoir ces êtres bornés sans concevoir l'être infini par lequel ils sont.

Mais c'est une liaison d'idées, comme de la cause et de l'effet, et non une identité d'idées. Tout être borné et produit est essentiellement relatif à l'être infini qui est sa cause : il est néanmoins une véritable substance; car ce que j'appelle substance, c'est ce qui n'est point une circonstance changeante de l'être, mais l'être même, soit qu'il ait été produit par un autre supérieur, ou qu'il soit par sa propre nature nécessaire et immuable.

Voilà donc des substances véritables qui ont une cause, qui n'ont pas toujours été, qui ont reçu leur être d'autrui. C'est ce que j'appelle créature; Tune est plus parfaite que l'autre; l'une est plus grande que l'autre; l'une est d'une manière, et l'autre d'une autre ; l'une pense, et l'autre ne pense pas. Donc l'une n'est pas l'autre; donc ni l'une ni l'autre n'est l'être infini ; donc elles sont des êtres ajoutés à l'être qui est infiniment être. On ne peut rien ajouter à lui au sens où il est infini ; on ne peut rien concevoir qui soit plus être que celui qui l'est infiniment ; on ne peut ajouter aucun degré d'être aux degrés infinis renfermés dans sa plénitude. Mais comme il n'est qu'un être, on ne peut concevoir un nombre au delà de l'unité; et comme il est l'unité infiniment parfaite, il peut faire ce qui n'étoit pas, et le faire à divers degrés bornés au-dessous de son infini indivisible en lui-même.

4° Toutes les différences qu'on nomme essentielles ne sont que des degrés de l'être qui sont indivisibles dans l'unité souveraine, et qu'elle peut diviser hors d'elle à l'infini dans la production des êtres bornés et subalternes.

L'être infini n'ayant aucune borne en aucun sens , il ne peut avoir en aucun sens ni degré, ni différence soit essentielle ou accidentelle, ni manière précise d'être, ni modification.

Donc tout ce qui est borné, différencié, modifié, n'est point l'être infini, absolu, universel.

Donc tout être borné, différencié, modifié, ne peut être une modification de l'être infini; car qui dit infini modifié, dit infini fini, la modification n'étant qu'une borne de l'être et une imperfection essentielle.

Donc tout être modifié et différencié , tout être qui n'est pas conçu sous l'idée claire de l'être immodifiable, et sans ombre de restriction, est nécessairement un être qui n'est point par soi, un être défectueux, un être distingué réellement de celui qui est essentiellement immodifié et immodifiable en tous sens.

Donc il est absurde de dire que ce qu'on nomme communément les ffabstances créées ne soient que des modifications de l'être. L'infini ne seroit plus tel, s'il avoit un seul instant quelque modification.

D'ailleurs, qui dit modifications d'un même être dit quelque chose

qui est essentiellement relatif à cet être même, en sorte que vous ne pouvez avoir aucune idée d'un mode qu'en le concevant par l'idée même de la substance modifiée ; et que vous ne pouvez concevoir un mode sans concevoir aussi les autres modes, qui émanent nécessairement, comme lui, de la substance modifiée. C'est ainsi que je ne puis concevoir la figure, sans concevoir l'étendue à laquelle elle appartient essentiellement; et que je ne puis concevoir ni la divisibilité ni le mouvement, sans concevoir aussi l'étendue, et la figure qui n'est que sa borne. D'où je conclus que si les substances qu'on nomme créées n'étoient que des modifications de l'être infini, on ne pourroit concevoir aucune d'entre elles sans renfermer dans le même concept formel, ou dans la même idée, l'être infini. Par exemple, je ne pourrois penser à une fourmi sans concevoir actuellement et formellement l'essence divine : ce qui est faux et absurde; de plus, je ne pourrois concevoir une créature sans concevoir les autres par la même idée, de même que je ne puis concevoir la divisibilité sans concevoir la figure et l'étendue, ni concevoir la volonté de l'être pensant sans considérer son intelligence.

Donc les créatures ne sont pas des modifications d'une même substance.

Donc elles sont de vraies substances réellement distinguées les unes des autres, qui subsistent et qui sont diversement modifiées indépendamment les unes des autres; en sorte qu'un corps se meut pendant que l'autre est en repos, et qu'un esprit voit la vérité, veut le bien, pendant que l'autre se trompe et aime ce qui est mauvais.

Donc ces substances réellement distinguées entre elles subsistent et se conçoivent dans une entière indépendance réciproque, quoiqu'elles ne subsistent ni ne puissent être conçues dans aucune indépendance à l'égard de la cause supérieure qui les a fait passer du néant à l'être.

Donc il y a des êtres qui sont moins les uns que les autres. L'être et la perfection sont la même chose. L'être infini, quoique un d'une suprême unité, est infiniment être, puisqu'il est infiniment parfait. Je suis véritablement, et je ne suis pas lui; je suis infiniment moins parfait que lui, puisque je ne suis point par moi comme lui, mais par sa seule fécondité. L'être qui ne se connolt pas, et qui ne connoît pas l'être qui l'a fait, est moins parfait; il est moins être que moi, qui me connois et qui connois ma cause.

Donc il y a des degrés infinis d'êtres qui sont tous réunis par une simplicité indivisible dans l'être infini, et qui sont divisibles à l'infini dans les productions de cet être.

Donc les degrés infinis de l'être, pris intensivement, n'ont rien de commun avec la multiplication extensive de l'être, Dieu n'étant infini que par les degrés infinis pris intensivement, qui sont réunis en lui, et auxquels on ne peut rien ajouter. Enfin la multiplication extensive de l'être, par la création de l'univers, n'ajoute rien à ce genre d'infini intensif, qui est celui de Dieu.

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