VII. — Projet d'un traité sur la Comédie
La comédie représente les mœurs des hommes dans une condition privée; ainsi elle doit prendre un ton moins haut que la tragédie. Le socque est inférieur au cothurne: mais certains hommes, dans les moindres conditions, de même que dans les plus hautes, ont, par leur naturel, un caractère d'arrogance :
Iratusque Chrêmes tumido delitigat oreK
J'avoue que les traits plaisants d'Aristophane me paraissent souvent bas; ils sentent la farce faite exprès pour amuser et pour mener le peuple. Qu'y a-t-il de plus ridicule que la peinture d'un roi de Perse qui marche avec une armée de quarante mille hommes, pour aller sur une montagne d'or satisfaire aux infirmités de la nature?
Le respect de l'antiquité doit être grand ; mais je suis autorisé par les anciens contre les anciens mêmes. Horace m'apprend à juger de Plaute :
Al nostri proavi Plautinos ?.l numéros, et Laudavere sales, nimium patienter utrosque, Ne dicam sHlte, mirati; si modo ego et 10s Scimus inurbanum lepido seponere dicto'2.
Seroit-ce la basse plaisanterie de Plaute que César aurait voulu trouver dans Térence : vis comica? Ménandre avoit donné à celui-ci un goût pur et exquis. Scipion et Lélius , amis de Térence, distinguoient avec délicatesse en sa faveur ce eu'Horace nomme lepidum, d'avec ce qui est inurbanum. Ce poète comique a une naïveté inimitable , qui platt et qui attendrit par le simple récit d'un fait trèscommun :
Sic cogitabam : Hem , hic parvœ consuetudinis Causa mortem hujus tam fert familiariter : Quid si ipse amassel ? quid mihi hic faciet patriP... Effertur : imus , etc3.