‹ Œuvres choisies (volume 4)Chapitre 2 sur 183 · II. - HERCULE ET THÉSÉE · texte numérisé non relu

II. - HERCULE ET THÉSÉE

l.cs reproches que se font ici les deux héros en apprennent Vhistoitt et le caractère d'une manière courte cl ingénieuse .

thésée. — Hercule, tu me surprends : je te croyois dans le hau Olympe, à la table des dieux. Le bruit courait que sur le mont (Et; le feu avoil consumé en toi toute la nature mortelle que tu tenois d( ta mère, et qu'il ne te restoit plus que ce qui venoit de Jupiter. U bruit couroit aussi que tu avois épousé Hébé, qui est de grand loisii depuis que Ganymède verse le nectar en sa place.

hercule. — Ne sais-tu pas que ce n'est ici que mon ombre?

thésée. — Ce que tu vois n'est aussi que la mienne. Mais quand ell< est ici, je n'ai rien dans l'Olympe.

iiep.cule. — C'est que tu n'es pas, comme moi, fils de Jupiter.

thésée. — Bon ! Ethra ma mère, et mon père Egeus, n'ont-ils pus dit que j'étois fils de Neptune, comme Alcmène, pour cacher sa faute pendant qu'Amphitryon étoit au siège deThèbes, lui fit accroire ouVlle avoit reçu une visite de Jupiter?

hercule. — Je te trouve bien hardi de te moquer du dompteur des monstres! Je n'ai jamais entendu raillerie.

thésée. - Mais ton ombre n'est guère à craindre. Je ne vais point dans 1 Olympe rire aux dépens du fils de Jupiter immortalisé Pour des monstres, j'en ai dompté en mon temps aussi bien que toi

hercule. - Oserois-tu comparer tes foibles actions avec mes travaux? On n oubliera jamais le lion de Némée, pour lequel sont établis les eux neméaques; l'hydre de Lerne, dont les têtes se multipliaientle sanglier dÉrymanthe; le cerf aux pieds d'airain; les oiseaux de Stymphale; l'Amazone, dont j'enlevai la ceinture; l'étable S'ée

hev^dVD^r"3' danSl'HeSPérie; CaCUS> ^ ie 'aînqutî les ni ,W V D'0m^e- *U1 se nournssoient de chair humaine- Gérvon m. des Espagnes, à trois têtes; les pommes d'or du jardin des Spl'

rides; enfin Cerbère, que je traînai hors des enfers, et que je contraignis de voir la lumière.

thésée. — Et moi, n'ai-je pas vaincu tous les brigands de la Grèce, chassé Médée de chez mon père, tué le Minotaure, et trouvé l'issue du Labyrinthe, ce qui fit établir les jeux isthmiques? Ils valent bien ceux de Némée. De plus, j'ai vaincu les Amazones qui vinrent assiéger Athènes. Ajoute à ces actions le combat des Lapithes, le voyage de Jason pour la toison d'or, et la chasse du sanglier de Calydon, où j'ai eu tant de part. J'ai osé aussi bien que toi descendre aux enfers.

hercule. — Oui, mais tu fus puni de ta folle entreprise. Tu ne pris point Proserpine; Cerbère, que je traînai hors de son antre ténébreux, dévora à tes yeux ton ami, et tu demeuras captif. As-tu oublié que Castor et Pollux reprirent dans tes mains Hélène leur sœur, dans Àphidne? Tu leur laissas aussi enlever ta pauvre mère Ethra. Tout cela est d'un foible héros. Enfin tu fus chassé d'Athènes; et te retirant dans l'île de Scyros, Lycomède, qui savoit combien tu étois accoutumé à faire des entrerpises injustes, pour te prévenir, te précipita du haut d'un rocher. Voilà une belle fin !

thésée. — La tienne est- elle plus honorable? Devenir amoureux d'Omphale, chez qui tu filois; puis la quitter pour la jeune Iole, au préjudice de la pauvre Déjanire à qui tu avois donné ta foi; se laisser donner la tunique trempée dans le sang du centaure Nessus ; devenir furieux jusqu'à précipiter des rochers du mont Œta dans la mer le pauvre Lichas qui ne t'avoit rien fait, et prier Philoctète en mourant de cacher ton sépulcre, afin qu'on te crût un dieu: cela est-il plus beau que ma mort? Au moins, avant que d'être chassé par les Athéniens, je les avois tirés de leurs bourgs, où ils vivoient avec barbarie, pour les civiliser, et leur donner des lois dans l'enceinte d'une nouvelle ville. Pour toi, lu n'avois garde d'être législateur; tout ton mérite étoit dans tes bras nerveux et dans tes épaules larges.

hercule. — Mes épaules ont porté le monde pour soulager Atlas. De plus mon courage étoit admiré. Il est vrai que j'ai été trop attaché aux femmes; mais c'est bien à toi à me le reprocher, toi qui abandonnas avec ingratitude Ariadne qui t'avoit sauvé la vie en Crète! Penses-tu que je n'aie point entendu parler de l'amazone Antiope, à laquelle tu fus encore infidèle? Églé, qui lui succéda, ne fut pas plus heureuse. Tu avois enlevé Hélène; mais ses frères te surent bien punir. Phèdre t'avoit aveuglé jusqu'au point qu'elle t'engagea à faire périr Hippolyte, que tu avois eu de l'Amazone. Plusieurs autres ont possédé ton cœur, et ne l'ont pas possédé longtemps.

thésée.— Mais enfin je ne filois pas comme celui qui a porté le monde.

hercule. — Je t'abandonne ma vie lâche et efféminée en Lydie; mais tout le reste est au-dessus de l'homme.

thésée. — Tant pis pour toi, que, tout le reste étant au-dessus de l'homme, cet endroit soit si fort au-dessous. D'ailleurs, tes travaux, que tu vantes tant, tu ne les as accomplis que pour obéir à Eurysthée.

hercule. — II est vrai que Junon m'avoit assujetti à toutes ses vo-

lontés. Mais c'est de la vertu d'être livrée à la persécution

des lâches et des méchants : mais sa persécution n'a servi qu'à exercer ma patience et mon courage. Au contraire, tu as souvent fait des choses injustes. Heureux le monde, si tu ne fusses poii.t sorti du Labyrinthe!

THESES, — Alors je délivrai Athènes du tribut de sept jeunes hommes et d'autant de fdles, que Minos lui avoit imposé à cause de la mort de son fils Androgée. Hélas! mon père Egée, qui m'attendoit. ayant cru voir la voile noire au lieu de la blanche, se jeta dans lar mer, et je le trouvai mort en arrivant. Dès lors, je gouvernai sagement Athènes.

hercule. — Comment l'aurois-tu gouvernée, puisque tu étois tous les jours dans de nouvelles expéditions de guerre, et que lu mis, par tes amours, le feu dans toute la Grèce?

thésée. — Ne parlons plus d'amour : sur ce chapitre honteux nous ne nous en devons rien l'un à l'autre.

hercule. — Je l'avoue de bonne foi, je te cède même pour l'éloquence; mais ce qui décide, c'est que tu es dans les enfers, à la merci de Pluton, que tu as irrité, et que je suis au rang des immortels dans le haut Olympe.

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