‹ Œuvres choisies (volume 4)Chapitre 76 sur 183 · Prou., xxxi, 19, etc · texte numérisé non relu

Prou., xxxi, 19, etc

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grand que vous ne le souhaiteriez. En ce cas, vous pourriez choisir quelque hou couvent où l'éducation îles pensionnaires serait exacte Mais puisque vous n'avez qu'une seule fille à élever, et que Dieu vous a rendue capable d'en prendre soin, je crois que vous pouvez lui donner une meilleure éducation qu aucun couvent. Les yeux d'une mère sa^e. tendre et chrétienne, découvrent sans doute ce que d'autres ne peuvent découvrir. Comme ces qualité? sont très-rares, le plus sûr parti pour les mères est de confier aux couvents le soin d'élever leurs filles, parce que souvent elles manquent des lumières nécessaires pour les instruire; ou, si elles les ont. elies ne les fortifient pas par L'exemple d'une conduite sérieuse et chrétienne, sans lequel L>s instructions les plus solides ne font aucune impression; car tout ce qu'une mère peut dire à sa fille est anéanti p.irceque sa fille lui voir faire. Il n'en est pas de même de vous, madame : vous ne songez qu'à servir Dieu ; la religion est le premier de vos soins, et vous n'inspirerez a mademoiselle votre fille que ce qu'elle vous verra pratiquer : ainsi je vous exi epte de la règle commune, et je vous préfère, pour son éducation, à tous les couvents. Il y a môme un grand avantage dans l'éducation que vous donnez à mademoiselle votre fille auprès de vous. Si un couvent n'est pas régulier, elle y verra la vanité en honneur, ce qui est le plus suhtil de tous les poisons pour une jeune personne. Elle y entendra parler du monde comme d'une espèce d'enchantement; ei rien ne fait une plus pernicieuse impression que cette image trompeuse du siècle, qu'on regarde de loin avec admiration, et qui en exagère ious les plaisirs sans en montrer les mécomptes et les amertumes. i,e monde n'éblouit jamais tant que quand on le voit de loin, sans lavoir jamais vu de près, et sans être prévenu contre sa séduction. Ainsi je craindrois un couvent mondain encore plus que le monde même. Si, au contraire, un couvent est dans la ferveur et dans la régularité de son institut, une jeune fille de condition y croît dans une profonde ignorance du siècle; c'est sans doute une heureuse ignorance, si elle doit durer toujours; mais si cetie fille sort Je ce couvent et passe, à un certain âge, dans la maison paternelle, où le monde aborde, rien n'est plus à craindre que cette surprise et que ce grand ébranlement d'une imagination vive. Une fille qui n'a été détachée du monde quà force de l'ignorer, et en qui la vertu n'a pas encore jeté de profondes racines, est bientôt tentée de croire qu'on lui a caché ce qu'il y a de plus merveilleux. Elle sort du couvent comme une personne qu'on auroit nourrie dans les ténèbres d'une caverne, et qu'on ferait tout d'un coup passer au grand jour. Mien n'est plus éblouissant que ce passage imprévu, et que cet éclat auquel on n'a jamais été accoutumé. Il vaut beaucoup mieux qu'une fille s'accoutume peu à peu au monde auprès d'une mère pieuse et discrète, qui ne lui en montre que ce qu'il lui convient d'en voir, qui lui en découvre es dêlauts dans les occasions, et qui lui donne l'exemple de n'en user qu'avec modération, pour le seul besoin. J'estime fort l'éducation des bons couvents; mais je compte encore plus sur celle d'u te bonne mère, quand elle est libre de s'y appliquer. Je conclus donc que mademoiselle votre fille est mieux auprès de vous que dans le meilleur cou-

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vent que vous pourriez choisir. Mais il y a peu de mères à qui il soit permis de donner un pareil conseil.

Il est vrai que cette éducation auroit de grands périls, si vous n'aviez pas soin de choisiravec précaution les femmes qui seront auprès de mademoiselle votre fille Vos occupations domestiques, et le corn mené de bienséance au dehors, ne vous permettent pas d'avoir toujours cet enfant sous vos yeux; il est à propos qu'elle vous quitte le moins qu'il sera possible : mais vous ne sauriez la mener partout avec vous. Si vous la laissez à des femmes d'un esprit léger, mal réglé et indiscret, elles lui feront plus de mal en huit jours que vous ne pourriez lui faire de bien en plusieurs années. Ces personnes, qui n'ont eu d'ordinaire elles-mêmes qu'une mauvaise éducation, lui en donneront une à peu près semhlahle. Elles parleront trop librement entre elles en présence d'une enfant qui observera tout, et qui croira pouvoir faire de même : elles débiteront beaucoup de maximes fausses et dangereuses. L'pnfant entendra médire, mentir, soupçonner légèrement, disputer mal à propos. Elle verra des jalousies, des inimitiés, des humeurs bizarres et incompatibles, et quelquefois des dévotions ou fausses ou superstitieuses et de travers, sans aucune correction des plus grossiers défauts. D'ailleurs, ces personnes d'un esprit servilene manqueront pas de vouloir plaire à cette enfant par les complaisances et par les flatteries les plus dangereuses. J'avoue que l'éducation des plus médiocres couvents seroit meilleure que cette éducation domestique. Mais je suppose que vous ne perdrez jamais de vue mademoiselle votre fille, exepté dans les cas d'une absolue nécessité, et que vous aurez au moins une personne sûre qui vous en répondra pour les occasions où vous serez contrainte de la quitter. Il faut que cette personne ait assez de sens et de vertu pour savoir prendre une autorité douce, pour tenir les autres femmes dans leur devoir, pour redresser l'enfant dans les besoins sans s'attirer sa haine, et pour vous rendre compte de tout ce qui méritera quelque attention pour les suites. J'avoue qu'une telle femme n'est pas facile à trouver; mais il est capital de la chercher, et de faire la dépense nécessaire pour rendre sa condition bonne auprès de vous. Je sais qu'on peut y trouver de fâcheux mécomptes; mais il faut se contenter des qualités essentielles, et tolérer les défauts qui sont mêlés avec ces qualités. Sans un tel sujet , appliqué à vous aider, vous ne sauriez pas réussir.

Comme mademoiselle votre fille montre un esprit assez avancé, avec beaucoup d'ouverture, de facilité et de pénétration, je crains tour elle le goût du bel esprit et un excès de curios;té \aine et dangereuse. Voulue permettrez, s'il vous plaît, madame, de vous dire ce qui ne doit point vous blesser, puisqu'il ne vous regarde point. Les femmes sont d'ordinaire encore plus passionnées pour la parure de l'esprit que nour celle du corps. Celles qui sont capables d'étude, et q ù espèrent ne se distinguer par là, ont encore plus d'empressement pour leurs livres que pour leurs ajustements. Elles cachent un peu leur science mais elles ne la cachent qu'à demi . pour avoir le mérite de la modestie avec celui rte la caoacité. D'autres vanités plus grossières se corrigent plus

i il< mertt, parce qu'on l«-^ aperç lit, qu'on se les reproche, et qu'elles

n M" ii m n caractère U'ivole Mais une femme curieuse et qui se piii beaucoup, se flatte d'ôtre un génie supérieur dans son

i" se sait bon ";ré «le mépriser les amusements et les vanités .les a ut 'Ps ! es; elle se croit soliile en tout, et rien ne la guérit de son

Elle ne peut d'ordinaire rien savoir qu'à demi: elle est piii> éli Blairée par ce qu'elle sait; elle se flatte de savoir toui ;

elli' décide; elle s*- passionne pour un parti contre un autre dans toutes les disputes qui la surpassent, infime en matière de religion : de là vil ni que toutes les sectes naissantes ont eu tant de progrès par des femmes qui les ont insinuées et soutenues. Les femmes sont éloquentes enconv rsilion, et vives pour m»ner une cabale. Les vanités grossières des rem mes déclarées vaines sont beaucoup moins à ciamdie que ces

vamtés sérieuses et raffinées, qui se tournent vers le bel esprit |

briller par U' e apparence de mérite solide. Il est donc capital de ramener sans cesse mademoiselle votre fille à une judicieuse simplicité. Il suffit qu'elle sache assez bien la religion pour la croire et pour la suivre exactement dans la pratique, sans se permettre jamais d'en raisonner. Il Faut qu'elle n'écoute que l'Éplise, qu'elle ne se prévient! aucun piédicaleur contredit ou suspect de nouveauté. Son directeur doit être un homme ouvertement déclaré contre tout ce qui s'appelle parti. Il faut qu'elle fuie les conversations des femme-, qui se mêlent de raisonner témérairement sur la doctrine, et qu'elle sente combien cette liberté est indécente et pernicieuse. Elle doit avoir horreur de lire les livres défendus, sans vouloir examiner ce qui les fait défendre. Qu'elle apprenne à se défier d'elle-n- - i ->, et à craindre lès piéj la curiosité et de la présomption; qu'elle s'applique à prier Dieu en tonte humilité, à devenir pauvre d'esprit, à se recueillir souvent, à obéir sans relâche, à se laisser corriger par les personnes sages et affectionnées, jusque dans ses jugements les plus arrêtés, et à se taire, laissant parler les autres. J'aime bien mieux qu'elle soit instruite des compte> de votre maître d'hôtel que des disputes des théologiens sur la grâce. Occupez-la d'un ouvrage de tapisserie qui sera utile dans votre maison, et qui l'accoutumera à se passer du commerce dangereux du monde: mais ne la laissez point raisonner sur la théologie, au grand péril de sa foi. Tout est perdu, si elle s'entête du bel esprit, et si elle se dégoûte des soins domestiques. La femme forte file1, se renferme dans son ménage, se tait, croit et obéit; elle ne dispute point contre l'Église.

Je ne doute nullement, madame, que vous ne sachiez bien placer, dans les occasions naturelles, quelques réflexions sur l'indécence et sur les dérèglements qui se trouvent dans le bel esprit Ue certaines femmes pour éloigner mademoiselle votre lille de cet écueil. Mais comme l'autorité d'une mère court risque de s'user, et comme ses plus sages leçons ne persuadent pas toujours une fille contre son goût, je souhaiterois que les femmes d'un mérite approuvé dans le monde, qui

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sont de vos amies, parlassent avec vous en présence de cette jeun* personne, 1 1 sans paraître penser à elle, pour blâmer le caractère v in et ridicule des femmes qui affectent d'être savantes et qui mo ip rit quelque partialité pour les novateurs en matière de reli'-'jon. i es instruction indirectes feront, selon les apparences, plus d'impression que tous les discours que vous feriez seule et directement

Pour les habits, je voudrais que vous tâchassiez d'inspirer à mademoiselle votre fille le goût d'une vraie modération. Il y a certains esprits extrêmes de femmes à qui la médiocrité est insupportable . elles aimeraient mieux une simplicité austère, qui marquerait une réforme éclatante en renonçant à la magnificence la plus outrée, que rie demeurer dans un juste milieu, qu'elles méprisent comme un défaut de goût et comme un état insipide. 11 est néanmoins vrai que ce qu'il y a de plus estimable et de plus rare est de trouver un esprit sage et mesuré, qui évite les deux extrémiiés et qui, donnant à la bienséance ce qu'on ne peut lui refuser, ne passe jamais cette borne. La vraie sagesse est de vouloir, pour les meubles, pour1 les équipages et pour les habits, qu'on n'ait rien à y remarquer ni en bien ni en mal. « Soyez assez bien, riirez-vous à mademoiselle votre fille, pour ne vous faire point critiquer comme une personne sans goût , malpropre et trop négligée; mais qu'il ne paroisse dans votre extérieur aucune affectation de parure ni aucun faste : par là vous paraîtrez avoir une raisoi. et une vertu an-dessus de vos meubles, de vos équipages et de vos habits; vous vous en servirez et vous n'en serez pas esclave. » Il faut faire entendre à cette jeune personne que c'est le luxe qui confond toutes les conditions, qui élève les personnes d'une basse naissance, et enrichies à la hâte par des moyens odieux, au-dessus des personnes de la condition la plus distinguée; que c'est ce désordre qui corrompt les mœurs d'une nation, qui excite l'avidité, qui accoutume aux intrigues et aux bassesses, et qui sape peu à peu tous les fondements de la probité. Elle doit comprendre aussi qu'une femme, quelques grands biens qu'elle porte dans une maison, la ruine bientôt, si elle y introduit le luxe, avec lequel nul bien ne put suffire. En même temps accoutumezla à considérer avec compassion les misères affreuses des pauvres, et à sentir combien il est indigne de l'humanité que certains hommes qui ont tout ne se donnent aucune borne dans l'usage du superflu, pendant qu'ils refusent cruellement le nécessaire aux autres. Si vous teniez mademoiselle votre fille dans un état trop inférieur à celui des autres personnes de son âge et de sa condition, vous courriez risque de l'éloigner de vous: elle pourrait se passionner pour ce qu'elle ne pourrait pas avoir et qu'elle admirerait de luin en autrui; elle serait tentée de croire que vous êtes trop sévère et trop rigoureuse; il lui tarderait peut-être de se voir maîtresse de sa conduite pour se jeter sans mesure dans la vanité. Vous la retiendrez beaucoup mieux en lui proposant un juste milieu, qui sera toujours approuvé des personnes sensées et estimables; il lui paraîtra que vous voulez qu'elle ait tout ce qui convient, à la bienséance, que vous ne tombez dans aucune économie sordide, que vous avez même pour elle toutes les complaisances permises, e'

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que vous voulez seulement la garantir des excès des personnes dont la vanité rie connolt point de bornas. Ce qui est essentiel est de ne vous relâcher jamais sur aucune des immodesties qui sont indignes du christianisme. Vous pouvez vous servir .les raisons de bienséance et d'intérêt, pour aider et pour soutenir la religion en ce point. Une jeune fille hasarde tout pour le repos de sa vie. si elle épouse un homme vain, lé^er et déréglé. Donc il lui est capital de se mettre à portée d'en trouver un sage, réglé, d'un esprit solide et propre à réussir dans les emplois. Pour trouver un tel homme, il faut être modeste et ne laisser voir en soi rien de frivole et d'évaporé. Quel est l'homme sage et discrei qui voudra une femme vaine, et dont la vertu paroît ambiguë, à en juger par son extérieur?

Mais votre principale ressource est degagner le cœur de mademoiselle Notre t î • e pour la vertu chrétienne. Ne l'effarouchez point sur la piété par une sévérité inutile; laissez-lui une liberté honnête et une joie innocente ; accoutumez-la à se réjouir en deçà du péché et à mettre son plaisir loin des divertissements contagieux. Cherchez-lui îles compagnies qui ne la gâtent point, et des amusements, à certaines heures, qui ne la dégoûtent jamais des occupations sérieuses du reste de la journée. Tâchez de lui faire goûter Dieu; ne souffrez pas qu'elle ne le regarde que comme un juge puissant et inexorable, q i veille sans cesse pour nous censurer et pour nous contraindre en toute occasion; faites-lui voir combien il est doux, combien il se proportionne à nos besoins et a pitié de nos foiblesses; familiarisez-la avec lui comme avec un père tendre et compatissant. Ne lui laissez point regarder l'oraison comme une oisiveté mnuyeuse ei comme une gêne d'esprit où l'on se met pendant que l'imagination échappée s'égare. Faites-lui entendre qu'il s'agit de rentrer souvent au dedans de soi pour y trouver Dieu, parce que son règne est au dedans de nous. Il s'agit de parler simplement à Dieu à toute heure pour lui avouer nos fautes, pour lu! représenter nos besoins et pour prendre avec lui les mesures nécessaires par rapport à la correction de nos défauts. Il s'agit d'écouter Dieu dans le silence intérieur, en disant: J'écouterai ce que le Seigneur dit au dedans de moi '. 11 s'agit de prendre l'heureuse habitude d'agir en sa présence et de faire gaiement toutes choses, grandes ou petites, pour son amour. Il s'agit de renouveler cette présence toutes les fois qu'on s'aperçoit de l'avoir perdue. Il s'agit de laisser tomber les pensées qui nous distraient dès qu'on les remarque, sans se distraire à force de combattre les distractions et sans s'inquiéter de leur fréquent retour. Il faut avoir patience avec soi-même et ne se rebuter jamais, quelque légèreté d'esprit qu'on éprouve en soi. Les distractions involontaires ne nous éloignent point de Dieu; rien ne lui est si agréable que cette humble patience d'une âme toujours prête à recommencer pour revenir vers lui. Mademoiselle votre fille entrera bientôt dans l'oraison, si vous lui en ouvrez bien la véritable entrée. Il ne s'agit ni de grands efforts d'esprit, ni de saillies d'imagination, ni de ^enti-

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