‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 225 sur 236 · XXV. — Le départ de Lycon · texte numérisé non relu

XXV. — Le départ de Lycon

Quand la Renommée, par le son éclatant de sa trompette, eut annoncé aux divinités rustiques et aux bergers de Cynthe le départ de Lycon, tous ces bois si sombres retentirent de plaintes amères. Écho les répétoit tristement à tous les vallons d'alentour. On n'entendoit plus le doux son de la flûte ni celui du haulbois. Les bergers mêmes, dans leur douleur, brisoient leurs chalumeaux. Tout languissoit ■ la tendre verdure des arbres commençoit à s'effacer ; le ciel, jusqu'alors si serein, se chargeoit de noires tempêtes; les cruels aquilons faisoient déjà frémir les bocages comme en hiver. Les divinités mêmes les plus champêtres ne furent pas insensibles à cette perte; les dryades sortoient des troncs creux des vieux chênes pour regretter Lycon. Il se fit une assemblée de ces tristes divinités autour d'un grand arbre qui élevoit ses branches vers les cieux , et qui couvroit de son ombre épaisse la terre, sa mère, depuis plusieurs siècles. Hélas! autour de ce vieux tronc noueux et d'une grosseur prodigieuse, les nymphes de ce bois, accoutumées à faire leurs danses et leurs jeux folâtres, vinrent raconter leur malheur. a C'en est fait, disoient-elles, nous ne reverrons plus Lycon; il nous quitte; la fortune ennemie nous l'enlève : il va être l'ornement et les délices d'un autre bocage plus heureux que le nôtre. Non, il n'est plus

permis d'espérer d'entendre sa voix, ni le voir tirani de l'arc, et perçant de ses flèches les rapides oiseaux. » Pan lui-même accourut, ayant oublié sa flûte; les faunes et les satyres suspendirent leurs danses. Les oiseaux mêmes ne chantoient plus; on n'entendoit que les cris affreux des hiboux et des autres oiseaux de mauvais présage. Philomèle et ses compagnes gardoient un morne silence. Alors Flore et Pomone parurent tout à coup, d'un air riant, au milieu du bocage, se tenant par la main; Tune étoit couronnée de fleurs, et en faisoit naître sous ses pas, empreints sur le gazon; l'autre portoit, dans une corne d'abondance, tous les fruits que l'automne répand sur la terre pour payer l'homme de ses peines. « Consolez-vous, dirent-elles à cette assemblée de dieux consternés : Lycon part, il est vrai, mais il n'abandonne pas cette montagne consacrée à Apollon. Bientôt vous le reverrez ici cultivant lui-même nos jardins fortunés; sa main y plantera de verts arbustes, les plantes qui nourrissent l'homme, et les fleurs qui font ses délices. 0 aquilons, gardez-vous de flétrir jamais par vos souffles empestés ces jardins où Lycon prendra des plaisirs innocents! Il préférera la simple nature au faste et aux divertissements désordonnés: il aimera ces lieux, il les abandonne à regret. ■» Aces mots, la tristesse se change en joie : on chanie les louanges de Lycon; on dit qu'il sera amateur des jardins, comme Apollon a été berger conduisant les troupeaux d'Admète : mille chansons divines remplissent le bocage; et le nom de Lycon passe de l'antique forêt jusque dans les campagnes les plus reculées. Les bergers le répètent sur leurs chalumeaux; les oiseaux mêmes, dans leurs doux ramages, font entendre je ne sais quoi qui ressemble au nom de Lycon. La terre se pare de fleurs, et s'enrichit de fruits. Les jardins, qui attendent son retour, lui préparent les grâces du printemps et les magnifiques dons de l'automne. Les seuls regards de Lycon, qu'il jette encore de loin sur cette agréable montagne, la fertilisent. Là. après avoir arraché les plantes sauvages stériles, il cueillera l'olive et le myrte, en attendant que Mars lui fasse cueillir ailleurs des lauriers.

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