‹ Œuvres choisies (volume 5)Chapitre 57 sur 236 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

dans le sang; et les bergers, loin desecourir le troupeau, fuient, tremblants, pour se dérober à sa fureur.

Ces barbares, qui espéroient de surprendre la ville, furent euxmêmes surpris et déconcertés. Les sujets d'Aceste, animés par Texemple et par les ordres de Mentor, eurent une vigueur dontilsne se croyoient point capables. De ma lance je renversai le fils du roi de ce peuple ennemi. Il étoit de mon âge, mais il était plus grand que moi; car ce peuple venoit d'une race de géants qui étoient de la même origine que les Cyclopes. Il méprisait un ennemi aussi foible que moi : mais, sans m'étonner de sa force prodigieuse, ni de son air sauvage et brutal, je poussai ma lance contre sa poitrine, et je lui fis vomir, en expirant, des torrents d'un sang noir. Il pensa m'écraser dans sa chute; le bruit de ses armes retentit jusques aux montagnes. Je pris ses dépouilles, et je revins trouver Aceste. Mentor, ayant achevé de mettre les ennemis en désordre, les tailla en pièces, et poussa les fuyards jusque dans les forêts.

Un succès si inespéré fit regarder Mentor comme un homme chéri et inspiré des dieux. Aceste, touché de reconnaissance, nous avertit qu'il craignoit tout pour nous, si les vaisseaux d'Énée revenoient en Sicile : il nous en donna un pour retourner sans retardement en notre pays, nous combla de présents, et nous pressa de partir, pour prévenir • jus les malheurs qu'il prévoyoit; mais il ne voulut nous donner ni un pilote ni des rameurs de sa nation, de peur qu'ils ne fussent trop expos is sur les côtes de la Grèce. Il nous donna des marchands phéniciens, qui, étant en commerce avec tous les peuples du monde, n'avoient rien à craindre, et qui dévoient ramener le vaisseau à Aceste quand ils nous auroient laissés à Ithaque. Mais les dieux, qui se jouent dos desseins des hommes, nous réservoient à d'autres dangers.

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