‹ Œuvres choisiesChapitre 11 sur 111 · LÉONIDAS · texte numérisé non relu

LÉONIDAS

Comment oses-tu vanter la multitude de tes troupes ? Trois cents Spartiates que je commandois aux Thermopyles furent tués par ton armée innombrable sans pouvoir être vaincus; ils ne succombèrent qu'après s'être lassés de tuer. Ne vois-tu pas encore ici ces ombres errant en foule qui couvrent le rivage ? Ce sont les vingt mille Perses que nous avons tués. Demande-leur combien un Spartiate seul vaut d'autres hommes , et surtout des tiens. C'est la valeur , et non pas le nombre, qui rend invincible.

XERXiS.

Ton action étoit un coup de fureur et de désespoir.

C'étoit une action sage et généreuse. Nous crûmes que nous devions nous dévouer à une mort certaine pour t'apprendre ce qu'il en coûte quand on veut mettre les Grecs dans la servitude , et pour donner le temps à toute la Grèce de se préparer à vaincre ou à périr comme nous. En effet cet exemple de courage étonna les Perses , et ranima lés Grecs découragés. Notre mort fut bien employée.

XERXES

Oh! que je suis fâché de n'être point entré d^ns le Péloponnèse après avoir ravagé TAttique ! j'aurois mis en cendres ta Lacédémone , comme j'y ai mis Athènes. Misérable impudent , je t'aurois

LBOiriDAS.

Ce tf est plus ici le temps ni des injures ni des flatteries; nous somjnes au pays de la vérité. T'imagines-tu donc être encore le grand roi ? tes trésors sont bien loin; tu n'as plus de gardes ni d'armées , plus de faste ni de délices ; la louange ne vient plus chatouiller tes oreilles ; te voilà nu , seul , prçt à être jugé par Minos. Mais ton ombre est encore bien colère et bien superbe ;. tu n'êtois III. . 5

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pas plus emporté quand tu faisois fouetter la mer^ En vérité , tu méritois bien d'être fouetté toi-même pour cette extravagance. Et ces fers dorés, t'en souviens-tu? que tu fis jeter dans l'Hellespont pour tenir les tempêtes dans ton esclavage ? Plaisiant homme, pour dompter la mer! Tu fus contraint bientôt après de repasser à la hâte en Asie dans une barque comme un pécheur. Voilà à quoi aboutit la folle vanité des hommes qui veulent forcer Ips lois de la nature et publier leur propre foiblesse.

XERXÈS

Ah! les l'ois qui peuvent tout (je le vois bien ^ mais, hélas! je le vois trop tard ) , sont livrés à toutes leurs passions; Hé! quel mpyen, quand on est homme, de résister à sa propre puissance et à la flatterie de tous ceux dont on e^t entouré ? Oh ! quel malheur de naître dans de si grands périls !

l:éonidas.

Voilà pourquoi je fais plus de cas de ma royauté que de la tienne, fétois roi à condition de mener une vie dure, sobre et laborieuse ^ comme mon peuple. Je n'étois roi que pour défendre ma patrie, et pour faire régner les lois ; ma royauté me donnoit le pouvoir de faire du bien, sans me permettre de faire du mal.

XERXÈS

Oui, mais tu étois pauvre, sans éclat, sans au-

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torité. Un de mes satrapes étoit bien plus grand et plus magnifique que toi.

LJ^ONIDAS.

Je n'aurois pas eu dé quoi percer le mont Athos, comme toi. Je crois même que chacun de tes satrapes voloit dans la province plus d'or et d'argent que nous n'en avions dans toute notre république. Mais nos armes, sans être dorées , sa voient fort bien percer ces hommes lâches et efféminés dont la multitude innombrable te donnoit une si vaine confiance.

XERXÈS

Mais enfin , si je fusse^entré d'abord dans le Péloponèse, toute la Grèce étoit dans les fers. Aucunç ville, pas. même la tientie, n'eût pu me résister.

LIÉONIDAS.

Je le crois comme tu le dis ; et c'est en quoi je méprise la grande puissance d'un peuple barbare qui n'est ni instruit ni aguerri. Il manqué de sages conseils; qu si on les lui offre, il ne sait pas les suivre, et préfère toujours d^autres conseils foibles et trompeurs. *

Les Grecs vouloient faire une muraille pour fermer l'isthme ; mais elle n'étoit pas encore faite, et je pouvois y entrer.

LiONIDAS.

La muraille n'étoit pas encore faite , il est vrai ; mais tu n'étois pas fait pour prévenir ceux qui la vouloient faire. Ta foiblesse fut encore plus salutaire aux Grecs que leur force.

XERXts.

Si j'eusse pris cet isthme , j'aureis fait voir

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