‹ Œuvres choisiesChapitre 23 sur 111 · DION ET GÉLON · texte numérisé non relu

DION ET GÉLON

Dans un souverain ce n'est pas l'homine qui doit régner^, ce- sont les lois.

Diojy.

11 y a long-temps , ô merveilleux homme , que je désire de te voir; je sais que Syracuse te dut autrefois sa liberté.

G]éLON.

Et moi j je sais que tu n'aS pas eu assez de sagesse pour la lui rendre. Tu n'avois pas mal commencé contre le tyran , quoiqu'il fut ton bèaufrère; mais, dans la suite, l'orgueil, la mollesse et la défiance, vices d'un tyran, corrompirent peu à peu tes moeurs. Aussi les tiens mêmes t'ont fait périr.

DIOK.

Peut-on gouverner une république sans être exposé aux traîtres et aux envieux ?

G^Lorr.

Oui , sans doute ; j'en suis une belle preuve. Je n'étois pas Syracusain; quoique étranger, on me vint chercher pour me faire roi; on me fit accepter le diadème ; je le portai avec tant de dou-

DBS MORTS. iSg

ceur et de modération pour le bonheur des peuples , que mon nom est encore aimé et révéré par les citoyens , quoique ma famille , qui a régné après moi, m'ait déshonoré par ses vices. On les a soufferts pour l'amour de moi. Après cet exemple, il faut avouer qu'on peut commander sans se faire haïr. Mais ce n'est pas à moi qu'il faut cacher tes fautes; la prospérité t'avoit fait oublier la philosophie de ton ami Platon.

DION

Hé ! quel moyen d'être philosophe , quand on est le m£utre de tout, et qu'on a des passions qu'aucune crainte ne retient !

GÉLOJX.

J'avoue que les hommes qui gouvernent les autres me font pitié; cette grande puissance de faire le mal est un horrible poison. Mais enfin j'étois homme comme toi , et cependant j'ai vécu dans l'autorité royale jusqu'à une extrême vieil- , lesse sans abuser de ma puissance..

DION

Je reviens toujours là ; il est facile d'être philosophe dans une condition privée , mais quand on est au dessus de tout...

Hé ! c'est quand on se voit au dessus de tout qu'on a un plus grand besoin de philosophie pour

l4o PIALOGUES

soi et pour les autres qu'on doit gouverner. Alors il faut être doublement sage , et boriïer au dedans par sa raison une puissance que rien ne borne au dehors.

DION

Maisj'avois vu le vieux Denys, mon beau-père, qui avoit fini ses jours paisiblement dans la tyrannie ; je m'imaginois qu'il n'y avoit qu'à faire de même.

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