‹ Œuvres choisies illustratees par Leopold LacourChapitre 117 sur 292 · I. " J'irai · texte numérisé non relu

I. " J'irai

Que le mal détruise ou bâtisse.

Rampe ou soit roi, Tu sais bien que j'irai, justice,

J'irai vers toi !

Beauté sainte, idéal qui germes Chez les souffrants,

Toi par qui les esprits sont fermes Et les cœurs grands.

Vous le savez, vous que j'adore.

Amour, raison, Qui vous levez comme l'aurore

Sur l'horizon,

Foi, ceinte d'un cercle d'étoiles, Droit, bien de tous,

J'irai, Liberté qui te voiles, J'irai vers vous !

Vous avez beau, sans fin, sans borne.

Lueurs de Dieu, Habiter la profondeur morne

Du gouffre bleu,

Ame à l'abîme habituée

Dès le berceau, Je n'ai pas peur de la nuée ;

Je suis oiseau.

Je suis oiseau comme cet être

Qu'Amos ' rêvait.

Que saint Marc voyait apparaître

A son chevet,

Qui mêlait sur sa tête fière.

Dans les rayons. L'aile de l'aigle à la crinière

Des grands lions.

J'ai des ailes. J'aspire au faîte ;

Mon vol est sûr ; J'ai des ailes pour la tempête

Et pour l'azur.

I. Prophète juif, du temps des rois Osias et Jéroboam (ix« siècle av. J.-C),

Je gravis les marches sans nombre.

Je veux savoir, Quand la science serait sombre

Comme le, soi r !

Vous savez bien que l'âme affronte

Ce noir degré, Et que, si haut qu'il faut qu'on monte,

J'y monterai !

Vous savez bien que l'âme est forte Et ne craint rien

Quand le souffle de Dieu l'emporte 1 Vous savez bien

Que j'irai jusqu'aux bleus pilastres,

Et que mon pas, Sur l'échelle qui monte aux astres,

Ne tremble pas !

Je suis celui que rien n'arrête,

Celui qui va.

Celui dont l'âme est toujours prête

A Jéhovah ;

Je suis le poète farouche.

L'homme devoir,

Le souffle des douleurs, la bouche Du clairon noir ;

Le rêveur qui sur ses registres

Met les vivants, Qui mêle des strophes sinistres

Aux quatre vents ;

Le songeur ailé, l'âpre athlète Au bras nerveux.

Et je traînerais la comète Par les cheveux.

Donc, les lois de notre problème.

Je les aurai ; J'irai vers elles, penseur blême.

Mage effaré !

Pourquoi cacher ces lois profondes?

Rien n'est muré.

Dans vos flammes et dans vos ondes

Je passerai ;

J'irai lire la grande bible ;

J'entrerai nu Jusqu'au tabernacle terrible

De l'inconnu,

Jusqu'au seuil de l'ombre et du vide,

Gouffres ouverts Que garde la meute livide

Des noirs éclairs,

Jusqu'aux portes visionnaires

Du ciel sacré; Et si vous aboyez, tonnerres,

Je rugirai.

Au dolmen de Rozel, janvier 1853.

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