‹ Œuvres choisies illustratees par Leopold LacourChapitre 137 sur 292 · Fantôme d'un mort, chez les Romains · texte numérisé non relu

Fantôme d'un mort, chez les Romains

Mais c'est toujours celui qu'entre tous on renomme, Le preux que nul n'a vu de son sang économe ; Chasseur du crime, il est nuit et jour à l'affût ; De sa vie il n'a fait d'action qui ne fût Sainte, blanche et loyale, et la grande pucelle, L'épée, en sa main pure et sans tache, étincelle.

On vante Eviradnus d'Altorf à Chaux-de-Fonds ; ■ Quand il songe et s'accoude, on dirait Charlemagne ; Rôdant, tout hérissé, du bois à la montagne. Velu, fauve, il a l'air d'un loup qui serait bon ; Il a sept pieds de haut comme Jean de Bourbon ; Tout entier au devoir qu'en sa pensée il couve. Il ne se plaint de rien, mais seulement il trouve Que les hommes sont bas et que les hts sont courts ; Il écoute parfois si l'on crie au secours ; Quand les rois courbent trop le peuple, il le redresse Avec une intrépide et superbe tendresse.

Il est toujours en marche, attendu qu'on^ moleste

Bien des infortunés sous la voûte céleste.

Et qu'on voit dans la nuit bien des mains supplier;

Sa lance n'aime pas moisir au râtelier ;

Sa hache de bataille aisément se décroche ;

Malheur à l'action mauvaise qui s'approche

Trop près d'Eviradnus, le champion d'acier !

La mort tombe de lui comme l'eau du glacier.

Il est héros, il a pour cousine la race

Des Amadis ^ de France et des Pyrrhus de Thrace.

Il rit des ans. Cet homme à qui le monde entier

N'eût pas fait dire : Grâce ! et demander quartier,

Ira-t-il pas crier au temps : Miséricorde !

Il s'est, comme Baudoin, ceint les reins d'une corde ;

Tout vieux qu'il est, il est de la grande tribu ;

Le moins fier des oiseaux n'est pas l'aigle barbu.

Qu'importe l'âge? il lutte. Il vient de Palestine,

Il n'est point las. Les ans s'acharnent ; il s'obstine.

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