Fantôme d'un mort, chez les Romains
Mais c'est toujours celui qu'entre tous on renomme, Le preux que nul n'a vu de son sang économe ; Chasseur du crime, il est nuit et jour à l'affût ; De sa vie il n'a fait d'action qui ne fût Sainte, blanche et loyale, et la grande pucelle, L'épée, en sa main pure et sans tache, étincelle.
On vante Eviradnus d'Altorf à Chaux-de-Fonds ; ■ Quand il songe et s'accoude, on dirait Charlemagne ; Rôdant, tout hérissé, du bois à la montagne. Velu, fauve, il a l'air d'un loup qui serait bon ; Il a sept pieds de haut comme Jean de Bourbon ; Tout entier au devoir qu'en sa pensée il couve. Il ne se plaint de rien, mais seulement il trouve Que les hommes sont bas et que les hts sont courts ; Il écoute parfois si l'on crie au secours ; Quand les rois courbent trop le peuple, il le redresse Avec une intrépide et superbe tendresse.
Il est toujours en marche, attendu qu'on^ moleste
Bien des infortunés sous la voûte céleste.
Et qu'on voit dans la nuit bien des mains supplier;
Sa lance n'aime pas moisir au râtelier ;
Sa hache de bataille aisément se décroche ;
Malheur à l'action mauvaise qui s'approche
Trop près d'Eviradnus, le champion d'acier !
La mort tombe de lui comme l'eau du glacier.
Il est héros, il a pour cousine la race
Des Amadis ^ de France et des Pyrrhus de Thrace.
Il rit des ans. Cet homme à qui le monde entier
N'eût pas fait dire : Grâce ! et demander quartier,
Ira-t-il pas crier au temps : Miséricorde !
Il s'est, comme Baudoin, ceint les reins d'une corde ;
Tout vieux qu'il est, il est de la grande tribu ;
Le moins fier des oiseaux n'est pas l'aigle barbu.
Qu'importe l'âge? il lutte. Il vient de Palestine,
Il n'est point las. Les ans s'acharnent ; il s'obstine.