L'AVENIR
L'OMBRE n'est pas sur l'homme à jamais acharnée. Non ! non ! l'humanité n'a point pour destinée D'être assise immobile au seuil froid des tombeaux, Comme Jérôme ^ morne et blême, dans Ombos^, Ou comme dans Argos la douloureuse Electre \
Un jour, moi qui ne crains l'approche d'aucun spectre,
J'allai voir le lion de Waterloo. Je vins
Jusqu'à la sombre plaine à travers les ravins ;
C'était l'heure où le jour chasse le crépuscule ;
J'arrivai ; je marchai droit au noir monticule.
Indigné, j'y montai ; car la gloire du sang,
Du glaive et de la mort me laisse frémissant.
Le lion se dressait sur la plaine muette ;
Je regardais d'en bas sa haute silhouette ;
Son immobilité défiait l'infini ;
On sentait que ce fauve, au fond des cieux banni,
Relégué dans l'azur, fier de sa solitude,
Portait un souvenir affreux sans lassitude ;
Farouche, il était là, ce témoin de l'affront.
Je montais, et son ombre augmentait sur mon front.
Et, tout en gravissant vers l'âpre plate-forme,
Je disais : Il attend que la terre s'endorme ;
Mais il est implacable ; et, la nuit, par moment.
Ce bronze doit jeter un sourd rugissement ;
I. Saint Jérôme, Père de l'Eglise, auteur de la traduction de la Bible en latin appelée Vulgate (vers 331-420).