‹ Œuvres choisies illustratees par Leopold LacourChapitre 184 sur 292 · L'AVENIR · texte numérisé non relu

L'AVENIR

L'OMBRE n'est pas sur l'homme à jamais acharnée. Non ! non ! l'humanité n'a point pour destinée D'être assise immobile au seuil froid des tombeaux, Comme Jérôme ^ morne et blême, dans Ombos^, Ou comme dans Argos la douloureuse Electre \

Un jour, moi qui ne crains l'approche d'aucun spectre,

J'allai voir le lion de Waterloo. Je vins

Jusqu'à la sombre plaine à travers les ravins ;

C'était l'heure où le jour chasse le crépuscule ;

J'arrivai ; je marchai droit au noir monticule.

Indigné, j'y montai ; car la gloire du sang,

Du glaive et de la mort me laisse frémissant.

Le lion se dressait sur la plaine muette ;

Je regardais d'en bas sa haute silhouette ;

Son immobilité défiait l'infini ;

On sentait que ce fauve, au fond des cieux banni,

Relégué dans l'azur, fier de sa solitude,

Portait un souvenir affreux sans lassitude ;

Farouche, il était là, ce témoin de l'affront.

Je montais, et son ombre augmentait sur mon front.

Et, tout en gravissant vers l'âpre plate-forme,

Je disais : Il attend que la terre s'endorme ;

Mais il est implacable ; et, la nuit, par moment.

Ce bronze doit jeter un sourd rugissement ;

I. Saint Jérôme, Père de l'Eglise, auteur de la traduction de la Bible en latin appelée Vulgate (vers 331-420).

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