‹ Œuvres choisies illustratees par Leopold LacourChapitre 199 sur 292 · LA SIESTE · texte numérisé non relu

LA SIESTE

ELLE fait au milieu du jour son petit somme ;

Car l'enfant a besoin du rêve plus que l'homme.

Cette terre est si laide alors qu'on vient du ciel !

L'enfant cherche à revoir Chérubin, Ariel ^

Ses camarades, Puck -, Titania, les fées,

Et ses mains quand il dort sont par Dieu réchauffées.

Oh comme nous serions surpris si nous voyions,.

Au fond de ce sommeil sacré, plem de rayons,

Ces paradis ouverts dans l'ombre et ces passages

D'étoiles qui font signe aux enfants d'être sages.

Ces apparitions, ces éblouissements !

Donc, à l'heure où les feux du soleil sont calmants.

Quand toute là nature écoute et se recueille,

Vers midi, quand les nids se taisent, quand la feuille

La plus tremblante oublie un instant de frémir,

Jeanne a cette habitude aimable de dormir ;

Et la mère un moment respire et se repose,

Car on se lasse, même à servir une rose.

Ses beaux petits pieds nus dont le pas est peu sûr

Dorment ; et son berceau, qu'entoure un vague azur,

Ainsi qu'une auréole entoure une immortelle,

Semble un nuage fait avec de la dentelle ;

On -croit, en la voyant dans ce frais berceau-là,

Voir une lueur rose au fond d'un falbala ;

On la contemple, on rit, on sent fuir la tristesse,

Et c'est un astre, ayant de plus la petitesse ;

L'ombre, amoureuse d'elle, a l'air de l'adorer;

Le vent retient son souffle et n'ose respirer.

Soudain, dans l'humble et chaste alcôve maternelle.

Versant tout le matin qu'elle a dans sa prunelle,

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