‹ Œuvres choisies illustratees par Leopold LacourChapitre 208 sur 292 · JEAN HUSS ETAIT LIE · texte numérisé non relu

JEAN HUSS ETAIT LIE

JEAN HUSS 1 était lié sur la pile de bois ; Le feu partout sous lui pétillait à la fois ; Jean Huss vit s'approcher le bourreau de la ville, La face monstrueuse, épouvantable et vile. L'exécuteur, l'esclave infâme, atroce, fort. Sanglant, maître de l'œuvre obscure de la mort, L'affreux passant vers qui les vers lèvent la tête, Le tueur qui jamais ne compte et ne s'arrête, Le cheval aveuglé du cabestan des lois ; Toute la ville était sur les seuils, sur les toits. Parlait et fourmillait et contemplait la fête. Huss vit venir à lui cet homme, cette bête, Cet, être misérable et bas que l'efïroi suit, Espèce de vivant terrible de la nuit ; Diiïorme sous le faix de l'horreur éternelle. Ayant le flamboiement des bûchers pour prunelle. Il était là, tordant sa bouche sous l'affront ; On voyait des reflets de spectres sur son front Où se réverbéraient les supplices sans nombre. Toute sa vie était sur son visage sombre. L'isolement, le deuil, l'anathème, ce don Du meurtre qu'on lui fait au-dessous du pardon, La Mort qui le nourrit du sang de sa mamelle. Son lit fait d'an morceau du gibet, sa femelle, Ses enfants, plus maudits que les petits des loups, Sa maison triste où vient regarder par les trous L'essaim des écoliers qui s'enfuit dès qu'il bouge ; Ses poings, cicatrisés à toucher le fer rouge,

1. Réfomateur tchèque, né en 1369, et brûlé vif en 1415, après sa condamnation par le concile de Constance. Un des précurseurs de la Réforme.

îSe crispaient ; les soldats le nommaient en craxîhant.

Il approchait, courbé, plié, souillé, méchant,

Honteux, de l'échafaud cariatide affreuse ;

Il surveillait l'endroit où l'âtre ardent se creuse,

Il venait ajouter de l'huile et de la poix.

Il apportait, suant et geignant sous le poids,

Une charge de bois à l'horrible fournaise ;

Sous l'œil haineux du peuple il remuait la braise,

Abject, las, réprouvé, blasphémé, blasphémant;

Et Jean Huss, par le feu léché lugubrement,

Leva les yeux au ciel et murmura : « Pauvre homme ! »

L'antithèse contenue dans ce titre est claire.

Aux religions établies, qu'il- repousse et raille, le poète oppose, non point un scepticisme absolu, mais, au contraire, une foi profonde, l'ardente et libre religion dont son cœur est plein, et qui s'épanche en des vers comme ceux-ci (sur Dieu) :

Il est!... Mais nul cri d'homme ou d'ange, nul effroi, Nul amour, nulle bouche, humble, tendre ou superbe, • Ne peut balbutier distinctement ce verbe ! Il est ! il est ! il est ! il est éperdument !...

En lisant ce poème, on ne peut s'empêcher de songer au testament remis par Victor Hugo à Auguste Vacquerie, le 2 août 1883; testament de quelques lignes, dont les dernières disaient : « Je refuse l'oraison de toutes les Églises; je demande une prière à toutes les âmes. — Je crois en Dieu ». — La poésie suivante est une parabole philosophique, signifiant que toutes les âmes ne sont pas immortelles. Dante y est l'image humaine de Dieu.

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