ŒUVRES POSTHUMES
Commencée en 1854, et annoncée — nous l'avons dit. — en 1857, dans la préface de la Légende des siècles, cette Fin de Satan resta cependant inachevée. Victor Hugo ne trouva pas le temps d'en écrire le « troisième livre » : la Prison, dont on n'a du moins que trois courts morceaux (en tout quatrevingt-qr.atre vers).
Le premier livre : le Glaive, ample et vigoureux tableau des horreurs de la guerre, est précédé : 1° d'un prologue apocalyptique, Hors de la terre, qui nous fait assister à la chute de Satan :
Depuis quatre mille ans il tombait dans l'abîme;
2° d'une sorte de second prologue, la Première page, qui nous peint le déluge, puis nous montre la fille de Satan, Isis-Lilith déclarant à Dieu une guerre éternelle.
Dans le d(;uxième livre, le Gibet — entendez : la Croix, — sont retracées les principales phases de la vie de Jésus. Et c'est très justement la partie de l'œuvre qu'on admire le plus.
Après chacun des trois livres reparaît le titre Hors de la terre, au-dessus de pièces apocalyptiques faisant suite au prologue et aboutissant au pardon de Satan repenti, mieux : plein d'amour pour la nature, pour l'homme et pour Dieu. — Lilith a disparu devant l'ange Liberté, ange-femme né d'une plume tombée de l'aile de Lucifer, « près des cieux ». Cet ange devait détruire la Prison (la Bastille). Et ces paroles de Dieu à Satan, qui terminent l'ouvraçîe en résument bien le sens mystico-social :
« Un ange est entre nous ; ce qu'elle a fait te compte. L'homme, enchaîné par toi, par elle est délivré. O Satan, tu peux dire à présent : Je vivrai ! Viens ; la prison détruite abolit la géhenne ! Viens ; l'ange Liberté, c'est ta fille et la mienne.
Cette paternité sublime nous unit.
L'archange ressuscite, et le démon finit ; Et j'efface la nuit sinistre, et rien n'en reste. Satan est mort ; renais, ô Lucifer céleste! »