Doctrin< de Moïse
Et, à coup sûr, on peut trouver que les développements donnés à leur pen • sée par les Oiseaux et par l'Ange sont parfois d'une longueur excessive. Mais quelle éloquence dans ces longueurs mêmes ! que d'images inattendues et saisissantes !... Et quelle généreuse intrépidité dans e spiritualisme et le déisme d'où le poème est sorti et où il aboutit, comme cet autre poème dont nous avons parlé, Religions et Religion !
La matière n'est pas, et l'âme seule existe.
Dieu n'a qu'un front : Lumière ! et n'a qu'un nom : Amour !
Avec quelle émotion, d'autre part, Victor Hugo dépeint, en un endroit, un des plus horribles aspects du mal dans le monde
Va-t'en aux lieux profonds, aux rocs voisins du ciel, Aux caves des souris, aux ravins à panthères ; Regarde ce bloc d'ombre et ce tas de mystères ; Fouille l'air, l'onde, l'herbe ; écoute l'affreux bruit Des broussailles, le cri des alpes dans la nuit, Le hurlement sans nom des jungles tropicales ; Quelle vaste douleur ! Les hyènes bancales Rôdent ; sur la perdrix le milan tombe à pic : La martre infâme mord le flanc du porc-épic.
Sur le crâne pelé du mont sinistre et nu Le trou de l'aigle est plein de carnage et de fiente ; La chouette, en qui vit la nuit terrifiante, Tout en broyant du bec l'oiseau qu'elle surprit, Songe ; le vautour blanc lui prend sa proie, et rit ; L'éléphant marche avec un fracas d'épouvante ; L'affreux jararrara, comme une onde vivante, Autour des hauts bambous et des joncs tortueux Se roule, et les roseaux deviennent monstrueux ; Le museau de la fouine au poulailler se plonge ; Sur la biche aux yeux bleus le léopard s'allonge : Le bison sur son dos emporte le conquard Qui hii suce le sang pendant qu'il fuit hagard.
Tout souffre; grand, petit, le hardi, le prudent. Tout rencontre un chasseur, une griffe, une dent !
Une sorte d'horreur implacable enveloppe L'aigle et le colibri, le tigre et l'antilope. L'eau noire fait songer le grave pélican. Partout la gueule s'ouvre à côté du volcan ; Partout les bois ont peur ; partout la bête tremble D'un frisson de colère ou d'épouvante ; il semble A celui qui ne voit l'être que d'un côté, Qu'une haine inouïe emplit l'immensité.
Au-dessous du titre, on lit : 1832-1870. Les pièces réunies dans ce volume ont donc été inspirées par le Second empire et par l'exil. La première : Entrée au désert, est d'août 1852 ; la dernière : Coups de clairon, du milieu de 1870. Ainsi le recueil complète les Châtiments, — que, malheureusement, il n'égale pas.