‹ Œuvres choisies illustratees par Leopold LacourChapitre 36 sur 292 · POUR LES PAUVRES · texte numérisé non relu

POUR LES PAUVRES

DANS VOS FÊTES D'HIVER, riches, heureux du monde, Quand le bal tournoyant de ses feux vous inonde, Quand partout à l'entour de vos pas vous voyez Briller et rayonner cristaux, miroirs, balustres, Candélabres ardents, cercle étoile des lustres. Et la danse, et la joie au front des conviés ;

Tandis qu'un timbre d'or sonnant dans vos demeures Vous change en joyeux chant la voix grave des heures. Oh ! songez- vous parfois que. de faim dévoré, Peut-être un indigent dans les carrefours sombres S'arrête, et voit danser vos lumineuses ombres Aux vitres du salon doré ?

S4 lj:s feuilles d'automne

Songez-vous qu'il est là sous le givre et la neige,

Ce père sans travail que la famine assiège?

Et qu'il se dit tout bas : • Pour un seul que de biens !

A son large festin que d'amis se récrient !

Ce riche est bien heureux, ses enfants lui sourient.

Rien que dans leurs jouets que de pain pour les miens !

Et puis à votre fête il compare en son âme Son foyer où jamais ne rayonne une flamme, Ses enfants affamés, et leur mère en lambeau. Et, sur un peu de paille, étendue et muette. L'aïeule, que l'hiver, hélas ! a déjà faite Assez froide pour le tombeau !

Donnez, riches ! L'aumône est sœur de la prière. Hélas ! quand un vieillard, sur votre seuil de pierre. Tout roidi par l'hiver, en vain tombe à genoux ; Quand les petits enfants, les mains de froid rougies. Ramassent sous vos pieds les jniettes des orgies, La face du Seigneur se détourne de vous.

Donnez ! afin que Dieu, qui dote les familles. Donne à vos fils la force, et la grâce à vos filles ; Afin que votre vigne ait toujours un doux fruit ; Afin qu'un blé plus mûr fasse plier vos granges ; Afin d'être meilleurs ; afin de voir les anges Passer dans vos rêves la nuit !

.Donnez 1 II vient un jour où la terre nous laisse. Vos aumônes là-haut vous font une richesse. Donnez ! afin qu'on dise : — Il a pitié de nous !... — Afin que l'indigent que glacent les tempêtes, - Que le pauvre qui souffre à côté de vos fêtes, Au seuil de vos palais fixe un œil moins jaloux.

Donnez ! pour être aimés du Dieu qui se fit homme, Pour que le méchant même en s'inclinant vous nomme. Pour que votre foyer soit calme et fraternel ; Donnez ! afin qu'un jour, à votre heure dernière. Contre tous vos péchés vous ayez la prière D'un mendiant puissant au ciel I

Janvier 1830,

LES FEUILLES JfA UTOMNE — 85

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