K / FONCTION DU POÈTE
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DIEU LE VEUT, dans les temps contraires, Chacun travaille et chacun sert.
Malheur à qui dit à ses frères :
— Je retourne dans le désert ! —
Malheur à qui prend ses sandales Quand les haines et les scandales Tourmentent le peuple agité !
Honte au penseur qui se mutile, Et s'en va, chanteur inutile.
Par la porte de la cité !
Le poète, en des jours impies Vient préparer des jours meilleurs.
II est l'homme des utopies, Les pieds ici, les yeux ailleurs.
C'est lui qui sur toutes les têtes, En tout temps, pareil aux prophètes, Dans sa main, où tout peut tenir.
Doit, qu'on l'insulte ou qu'on le loue. Comme une torche qu'il secoue, Faire flamboyer l'avenir!
Il voit, quand les peuples végètent !
Ses rêves, toujours pleins d'amour.
Sont faits des ombres que lui jettent Les choses qui seront un jour.
On le raille. Qu'importe! Il pense.
Plus d'une âme inscrit en silence Ce que la foule n'entend pas.
Il plaint ses contempteurs frivoles, Et maint faux sage à ses paroles Rit tout haut et songe tout bas!
Peuples I écoutez le poète !
Écoutez le rêveur sacré !
Dans votre nuit, sans lui complète.
Lui seul a le front éclairé.
Des temps futurs perçant les ombres.
Lui seul distingue en leurs flancs sombres
Le germe qui n'est pas éclos.
Homme, il est doux comme une femme.
Dieu parle à voix basse à son âme
Comme aux forêts et comme aux flots.
Il rayonne ! il jette sa flamme Sur l'éternelle vérité !
Il la fait resplendir pour l'âme,
D'une merveilleuse clarté.
Il inonde de sa lumière
Villf^ o\ fiésert Louvre et chaumière,
Et les plaines et les hauteurs ;
A tous d'en haut il la dévoile ;
Car la poésie est l'étoile
Qui mène à Dieu rois et pasteurs !
25 mars-i'" avril 1839