ŒUVRES DE L'EXIL
Deux éditions de ce prodigieux recueil lyrico ou épico-satirique, presque tout entier dirigé contre Napoléon III et ses complices du coup d'Etat; parurent en même temps: l'une expurgée, avec la mention : « Bruxelles s , l'autre complète, avecla mention : «Genève-New- York». Mais c'est à Jersey que Victor Hugo, proscrit, avait composé tout ou presque tout l'ouvrage. — Il s'était établi dans cette île comme « sur un piédestal », a-t-on dit — piédestal de justicier! — en août 1852. — Jamais le démon de l'indignation, de la haine politique et patriotique n'avait inspiré d'oeuvre littérairement comparable à ces Châtiments où elles prennent tous les tons, revêtent toutes les formes, — de la satire proprement dite à la chanson, de celle-ci à l'ode, ou à une espèce d'épopée comme l'Expiation...
Toi qu'aimait Ju vénal gonflé de lave ardente, Toi dont la clarté luit dans l'œil fixe de Dante, Muse Indignation, viens, dressons maintenant, Dressons sur cet empire heureux et rayonnant. Et sur cette victoire au tonnerre échappée, Assez de piloris pour faire une épopée.
Ces six vers, qui terminent la furieuse et splendide poésie Nox, pourraient servir d'épigraphe au volume.
Parfois, d'ailleurs, d'admirables accents de pitié interrompent les invectives, les malédictions, ou s'y mêlent ; et à la fin, dans Lux, c'est « le rêveur sacré », devenu ardemment démocrate, c'est le prophète de la « République
LES CHATIMENTS — li5
universelle », qu'on entend. — Après nos premières défaites de 1870, le 31 août, le poète composa la pièce intitulée Au moment de rentrer^ en^^rance, qu'il mit en tête d'une nouvelle et définitive édition.