LE MANTEAU IMPERIAL
OH ! VOUS dont le travail est joie.
Vous qui n'avez pas d'autre proie Que les parfums, souffles du ciel.
Vous qui fuyez quand vient décembre.
Vous qui dérobez aux fleurs l'ambre Pour donner aux hommes le miel.
Chastes buveuses de rosée, Qui, pareilles à l'épousée, Visitez le lys du coteau, O sœurs des corolles vermeilles, Filles de la lumière, abeilles.
Envolez-vous de ce manteau !
Ruez-vous sur l'homme, guerrières !
O généreuses ouvrières.
Vous le devoir, vous la vertu, Ailes d'or et flèches de flamme.
Tourbillonnez sur cet infâme !
Dites-lui : « Pour qui nous prends-tu ?
« Maudit ! Nous sommes les abeilles !
Des chalets ombragés de treilles Notre ruche orne le fronton ;
Nous volons, dans l'azur écloses, Sur la bouche ouverte des roses Et sur les lèvres de Platon.
« Ce qui sort de la fange y rentre.
Va trouver Tibère en son antre.
Et Charles Neuf sur son balcon * .
Va ! sur ta pourpre il faut qu'on mette. Non les abeilles de l'Hymette -, Mais l'essaim noir de Montfaucon ^ [ »
Et percez-le toutes ensemble.
Faites honte au peuple qui tremble, Aveuglez l'immonde trompeur, Acharnez-vous sur lui, farouches, Et qu'il soit chassé par les mouches Puisque les hommes en ont peur !
. e>.. L'EXPIATION
IL NEIGEAIT. On était vaincu par sa conquête. Pour la première fois l'aigle baissait la tête. Sombres jours ! l'Empereur revenait lentement. Laissant derrière lui brûler Moscou fumant. Il neigeait. L'âpre hiver fondait en avalanche. Après la plaine blanche une autre plaine blanche. On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau. Hier la grande armée, et maintenant troupeau. On ne distinguait plus les ailes ni le centre. Il neigeait. Les blessés s'abritaient dans le ventre Des chevaux morts ; au seuil des bivouacs désolés On voyait des clairons à leur poste gelés, Restés debout, en selle et muets, blancs de givre, Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre, / Boulets, mitraille, obus/ mêlés aux flocons blancs, Pleuvaient ; les grenadiers, surpris d'être tremblants.
1. Le balcon du Louvre, d'où l'on prétend que le roi Charles IX assista au massacre des protestants (la Saint-Barthélémy) dans la nuit du 23 août 1572,