‹ Œuvres choisies illustratees par Leopold LacourChapitre 88 sur 292 · H. — POESIE · texte numérisé non relu

H. — POESIE

1(12 — LES CHATIMENU.>

L'arbre chante ; j'accours ; ô printemps! on vit double ; Gallus entraîne au bois Lycoris qui se trouble ; Tout rayonne ; et le ciel couvant l'homme enchanté, N'est plus qu'un grand regard plein de sérénité ! ' Alors l'herbe m'invite et l^ pré me convie ; Alors j'absous le sort, ie pardonne à la vie, Et je dis : Pourquoi faire autre chose qu'aimer ? Je sens, comme au dehors, tout en moi s'animer, Et je dis aux oiseaux : ^ Petits oiseaux, vous n'êtes Que des chardonnerets et des bergeronnettes, Vous ne me connaissez pas même, vous allez Au hasard dans les champs, dans les bois, dans les blés. Pêle-mêle, pluviers, grimpereaux, hochequeues. Dressant vos huppes d'or, lissant vos plumes bleues ; Vous êtes, quoique beaux, très bêtes ; votre loi. C'est d'errer; vous chantez en l'air sans savoir quoi ; Eh bien ! vous m'inondez d'émotions sacrées ! Et quand je vous entends sur les branches dorées Oiseaux, mon aile s'ouvre, et mon cœur rajeuni Boit à l'amour sans fond, et s'emplit d'infini ! » Et je me laisse aller aux longues rêveries. O feuilles d'arbre ! oubli ! bœufs mugissants ! prairies !. Mais dans ces moments-là,, tu le sais, Juvénal, Qu'il sorte par hasard de ma poche un journal. Et que mon œil distrait, qui vers les cieux remonte, Heurte l'un de ces noms qui veulent dire honte, Alors toute l'horreur revient ; dans les bois vertà Némésis ' m'apparaît et me montre à travers Les rameaux et les fleurs sa gorge de furie.

C'est que tu veux tout l'homme, ô devoir! ô patrie! C'est que lorsque ton flanc saigne, ô France, tu veux Que l'angoisse nous tienne et dresse nos cheveux, Que nous ne regardions plus autre chose au m^onde. Et que notre œil, noyé dans la pitié profonde, Cesse de voir les cieux pour ne voir que ton sang I

Et je me lève, et tout s'efface, et, frémissant,

Je n'ai plus sous les yeux qu'un peuple à la torture.

Crimes sans châtiment, griefs sans sépulture.

Les géants garrottés livrés aux avortons,

Femmes dans les cachots, enfants dans les pontons.

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