ODES
« Au palais de mon père on voit briller les arts ;
Mais ces bords pleins de fleurs charment plus mes regards
Qu'un bassin d'or ou de porphyre ; Ces chants aériens sont mes concerts chéris ; .
Je préfère aux parfums qu'on brûle en nos lambris tt*-»*»^*^
Le souffle embaumé du zéphire !
« Venez ; l'onde est si calme et le ciel est si pur ! Laissez sur ces buissons flotter les plis d'azur
De vos ceintures transparentes ; ^
Détachez ma couronne et ces voiles ]oux ; 1 ^
Car je veux aujourd'hui folâtrer avec vous,
Au sein des vagues murmurantes.
« Hâtons-nous... Mais parmi les brouillards du matin Que vois-je ? — Regardez à l'horiz^ lointain...
Ne craignez rien, filles timides !
C'est, sans doute, par l'onde entraîné vers les mers, Le tronc d'un vieux palmier qui, du fond des déserts,
Vient visiter les Pyramides.
« Que dis-je ? si j'en crois mes regards indécis, C'est la barque d'Hermès • ou la conque d'Isis,
Que pousse une brise légère.
Mais non ; c'est un esquif où, dans un doux repos, J'aperçois un enfant qui dort au sein des flots,
Comme on dort au sein de sa mère !
« Il sommeille ; et de loin, à voir son lit flottant. On croirait voir voguer sur le fleuve inconstant
Le nid d'une blanche colombe.
Dans sa couche enfantine il erre au gré du vent ; L'eau le balance, il dort, et le gouffre mouvant
Semble le bercer dans sa tombe !
« Il s'éveille ; accourez, ô vierges de Memphis ! Il crie... Ah ! quelle mère a pu livrer son fils
Au caprice des flots jrnobiles ?
Il tend les bras ; les eaux grondent de toute part. Hélas ! contre la mort il n'a d'autre rempart
Qu'un berceau de roseaux fragiles.
I. Bien entendu il ne s'agit pas ici du dieu grec de ce nom, appelé Mercure par les Romains; il s'agit'du dieu égyptien Toth (dieu lunaire), appelé par les Grecs Hermès Trismégiste (trois fois grand).