LA VIE AUX CHAMPS
LE SOIR, A LA CAMPAGNE, on sort, on se promène
Le pauvre dans son champ, le riche en son domaine ;
Moi, je vais devant moi ; le poète en tout lieu
Se sent chez lui, sentant qu'il est partout chez Dieu.
Je vais volontiers seul. Je médite ou j'écoute.
Pourtant, si quelqu'un veut m'accompagner en route,
J'accepte. Chacun a quelque chose en l'esprit.
Et tout homme est un livre où Dieu lui-même écrit.
Chaque fois qu'en mes mains un de ces livres tombe,
Volume où vit une âme et que scelle la tombe,
J'y lis.
Chaque soir donc, je m'en vais, j'ai congé. Je sors. J'entre en passant chez des amis que j'ai. On prend le frais, au fond du jardin, en famille. Le serein mouille un peu les bancs sous la charmille ; N'importe ! je m'assieds, et je ne sais pourquoi Tous les petits enfants viennent autour de moi. Dès que je suis assis, les voilà tous qui viennent. C'est qu'ils savent que j'ai leurs goûts ; ils se souviennent Que j'aime comme eux l'air, les fleurs, les papillons, Et les bêtes qu'on voit courir dans les sillons. Ils savent que je suis un homme qui les aime ; Un être auprès duquel on peut jouer, et même Crier, faire du bruit, parler à haute voix ; Que je riais comme eux et plus qu'eux autrefois.