‹ OEuvres choisies illustréesChapitre 101 sur 293 · O SOUVENIRS ! PRINTEMPS ! AURORE · texte numérisé non relu

O SOUVENIRS ! PRINTEMPS ! AURORE

G SOUVENIRS ! printemps ! aurore!

Doux rayon triste et réchauffant !

— Lorsqu'elle était petite encore, Que sa sœur était tout enfant... —

Connaissez-vous sur la colHne Qui joint Montlignon à Saint-Leu, Une terrasse qui s'incUne Entre un bois sombre et le ciel bleu?

C'est là que nous vivions. — Pénètre, Mon cœur, dans ce passé charmant ! — Je l'entendais sous ma fenêtre Jouer le matin doucement.

LES COXTEMPLATIOXS — 185

Elle courait dans la rosée, Sans bruit, de peur de m'éveillcr ; Moi, je n'ouvrais pas ma croisée, De peur de la faire envoler.

Ses frères riaient... — Aube pure !

Tout chantait sous ces frais berceaux, Ma famille avec la nature, Mes enfants avec les oiseaux !

Je toussais, on devenait brave.

Elle montait à petits pas.

Et me disait d'un air très grave :

— J'ai laissé les enfants en bas.

Qu'elle fût bien ou mal coiffée, Que mon cœur fût triste ou joyeux.

Je l'admirais. C'était ma fée.

Et le doux astre de mes yeux !

Nous jouions toute la journée.

O jeux charmants! chers entretiens !

Le soir, comme elle était l'aînée.

Elle me disait : — Père, viens !

« Nous allons t'apporter ta chaise.

Conte-nous une histoire, dis ! — Et je voyais rayonner d'aise Tous ces regards du paradis.

Alors, prodiguant les carnages, J'inventais un conte profond Dont je trouvais les personnages Parmi les ombres du plafond.

Toujours, ces quatre douces têtes Riaient comme à cet âge on rit.

De voir d'affreux géants très bêtes Vaincus par des nains pleins d'esprit.

J'étais l'Arioste et l'Homère D'un poème éclos d'un seul jet ; Pendant que je parlais, leur mère Les regardait rire, et songeait.

18*; — LES COXTEMPLATIOyS

Leur aïeul, qui lisait dans l'ombre, Sur eux parfois levait les j-eux, Et moi, par la fenêtre sombre J'entrevoyais un coin des cieux '

Villequier, 4 septembre 1846.

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