V. H. — POÉSlï
Nous lûmes tous les trois ainsi, tout le matin,
Joseph, Ruth et Booz, le bon Samaritain:
Et, toujours plus charmés, le soir nous le relûmes.
Tels des enfants, s'ils ont pris un oiseau des cieux,
S'appellent en riant et s'étonnent, jo^^eux,
De sentir dans leur main la douceur de ses plumes.
Marine Terrace, août 1855.
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DOLOROSiE
MÈRE, voilà douze ans que notre fille est morte ;
Et depuis, moi le père et vous la femme forte,
Nous n'avons pas été, Dieu le sait, un seul jour
Sans parfumer son nom de prière et d'amour.
Nous avons pris la sombre et charmante habitude
De voir son ombre vivre en notre soUtude,
De la sentir passer et de l'entendre errer.
Et nous sommes restés à genoux à pleurer.
Nous avons persisté dans cette douleur douce.
Et nous vivons penchés sur ce cher nid de mousse
Emporté dans l'orage avec les deux oiseaux.
Mère, nous n'avons pas phé, quoique roseaux,
Ni perdu la bonté vis-à-vis l'un de l'autre.
Ni demandé la fin de mon deuil et du vôtre
A cette lâcheté qu'on appelle l'oubli.
Oui, depuis ce jour triste où pour nous ont pâh
Les cieux, les champs, les fleurs, l'étoile, l'aube pure.
Et toutes les splendeurs de la sombre nature.
Avec les trois enfants qui nous restent, trésor
De courage et d'amour que Dieu nous laisse encor,
Nous avons essuyé des fortunes diverses,
Ce qu'on nomme malheur, adversité, traverses.
Sans trembler, sans fléchir, sans haïr les écueils,
Donnant aux deuils du cœur, à l'absence, aux cercueils.
Aux souffrances dont saigne ou l'âme ou la famille,
Aux êtres chers enfuis ou morts, à notre fille.
Aux vieux parents repris par un monde meilleur.
Nos pleurs, et le sourire à toute autre douleur.
Marine-Terrace, août 1855.