‹ OEuvres choisies illustréesChapitre 176 sur 293 · LE DEUIL · texte numérisé non relu

LE DEUIL

CHARLE ! Charle ! ô mon fils ! quoi donc, tu m'as quitté

Ah ! tout fuit ! rien ne dure !

Tu t'es évanoui dans la grande clarté

Qui pour nous est obscure.

Charles, mon couchant voit périr ton orient.

Comme nous nous aimâmes !

L'homme, hélas ! crée, et rêve, et He en souriant

Son âme à d'autres âmes ;

Il dit : ('- C'est éternel ! » et poursuit son chemin ;

Il se met à descendre.

Vit, souffre, et tout à coup dans le creux de sa main

N'a plus que de la cendre.

Hier j'étais proscrit. Vingt ans, des mers captif,

J'errai, l'âme meurtrie ; Le sort nous frappe, et seul il connaît le motif.

Dieu m'ôta la Patrie.

Aujourd'hui je n'ai plus de tout ce que j'avais

Qu'un fils et qu'une fille - ; Me voilà presque seul dans cette ombre où je vais ;

Dieu m'ôte la famille.

Oh ! demeurez, vous deux qui me restez ! nos nids

Tombent, mais votre mère ■' Vous bénit dans la mort sombre, et je vous bénis

Moi, dans la vie amère.

1. Le fils aîné de Victor Hugo, Charles Hugo, né à Paris en 1826, mourut à Borbeaux en mars 187 t. C'était un iournaliste de verve et d'imagination. II fut enterré à Paris, où son père avait ramené son corps.

2. Ce fils était François-Viotor Hugo, l'auteur d'une traduction de Shakespeare, encore célèbre aujourd'hui. Il devait mourir, lui aussi, avant son père, en 3873. Il était né ea 1828. — La fille était Adèle Hugo.

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