Léopoldine, née en
2. C'est encore à M™* Victor Hugo que le poète s'adresse, dans cette pièce de vers.
A l'heure où le jour meurt à l'horizon lointain,
Qu'il m'est doux, près d'un cœur qui bat pour mon destin,
D'égarer mes pas dans la plaine !
Qu'il m'est doux près de toi d'errer libre d'ennuis. Quand tu mêles, pensive, à la brise des nuits
Le parfum de ta douce haleine !
C'est pour un tel bonheur, dès l'enfance rêvé, Que j'ai longtemps souffert et que j'ai tout bravé.
Dans nos temps de fureurs civiles, Je te dois une paix que rien ne peut troubler. Plus de vide en mes jours ! Pour moi tu sais peupler
Tous les déserts, même les villes !
Chaque étoile à son tour vient apparaître au ciel. Tels, quand un grand festin d'ambroisie et de miel
Embaume une riche demeure.
Souvent, sur le velours et le damas soyeux. On voit les plus hâtifs des convives joyeux
S'asseoir au banquet avant l'heure.
Vois, — c'est un météore ! il éclate et s'éteint.
Plus d'un grand homme aussi, d'un mal secret atteint.
Rayonne et descend dans la tombe.
Le vulgaire l'ignore et suit le tourbillon ; Au laboureur courbé le soir sur le sillon
Qu'importe l'étoile qui tombe ?
Ah ! tu n'es point ainsi, toi dont les nobles pleurs De toute âme sublime honorent les malheurs !
Toi qui gémis sur le poète !
Toi qui plains la victime et surtout les bourreaux ! Qui visites souvent la tombe des héros.
Silencieuse, et non muette !
Si quelque ancien château, devant tes pas distraits, Lève son donjon noir sur les noires forêts.
Bien loin de la ville importune, Tu t'arrêtes soudain ; et ton œil tour à tour Cherche et perd à travers les créneaux de la tour
Le pâle croissant de la lune»
C'est moi qui t'inspirai d'aimer ces vieux pihers. Ces temples où jadis les jeunes chevaliers
Priaient, armés par leur marraine ; Ces palais où parfois le poète endormi A senti sur sa bouche entr'ouverte à demi
Tomber le baiser d'une reine.
Mais rentrons ; vois le ciel d'ombres s'environner ; Déjà le frêle esquif qui nous doit ramener
Sur les eaux du lac étincelle ; Cette barque ressemble à nos jours inconstants Qui flottent dans la nuit sur l'abîme des temps :
Le gouffre porte la nacelle !
La vie à chaque instant fuit vers l'éternité ; Et le corps, sur la terre où l'âme l'a quitté,
Reste comme un fardeau frivole. Ainsi quand meurt la rose, aux royales couleurs. Sa feuille, que l'aurore en vain baigne de pleurs.
Tombe, et son doux parfum s'envole 1
Octobre 1825.
]/' LA FIANCÉE DU TIMBALIER >-^XtM^c^^^-uu^o^^
t MONSEIGNEUR LE DUC de Bretagne
A, pour les combats meurtriers, Convoqué de Nante à Mortagne, Dans la plaine et sur la montagne.
L'arrière-ban de ses guerriers.
« Ce sont des barons dont les armes Ornent des forts ceints d'un fossé Des preux vieillis dans les alarmes Des écuyers, des hommes d'armes L'un d'entre eux est mon fiancé.
« Il est parti pour l'Aquitaine Comme timbalier, et pourtant On le prend pour un capitaine, Rien qu'à voir sa mine hautaine.
Et son pourpoint, d'or éclatant !
t Depuis ce jour, l'effroi m'agite.
J'ai dit, joignant son sort au mien
les j
— Ma patronne, sainte Brigitte, Pour que jamais il ne le quitte.
Surveillez son ange gardien ! —
« J'ai dit à notre abbé : — Messire, Priez bien pour tous nos soldats ! — Et, comme on sait qu'il le désire, J'ai brûlé trois cierges de cire Sur la châsse de saint Gildas,
« A Notre-Dame de Lorette
J 'ai promis, dans mon noir chagrin,
D'attacher sur ma gorgerette.
Fermée à la vue indiscrète,
Les coquilles du pèlerin.
« Il n'a pu, par d'amoureux gages.
Absent, consoler mon foyer ; Pour porter les tendres messages, La vassale n'a point de pages.
Le vassal n'a point d'écuyers.
« Il doit aujourd'hui de la guerre Revenir, avec monseigneur ; Ce n'est plus un amant vulgaire ; Je lève un front baissé naguère.
Et mon orgueil est du bonheur !
« Le duc triomphant nous rapporte Son drapeau dans les camps froissé ; Venez tous sous la vieille porte Voir passer la brillante escorte.
Et le prince, et mon fiancé !
« Venez voir pour ce jour de fête Son cheval caparaçonné, Qui sous son poids hennit, s'arrête, Et marche en secouant la tête.
De plumes rouges couronné !
« Mes sœurs, à vous parer si lentes, Venez voir près de mon vainqueur Ces timbales étincelantes Qui, sous sa main toujours tremblantes, Sonnent et font bondir le cœur !
a Venez surtout le voir lui même Sous le manteau que j'ai brodé.
Qu'il sera beau ! c'est lui que j'aime I Il porte comme un diadème Son casque de crins inondé !
a L'Ég^qDtienne sacrilège, M'attirant derrière un pilier.
M'a dit hier (Dieu nous protège !) Qu'à la fanfare du cortège Il manquerait un timbalier.
a Mais j'ai tant prié, que j'espère !
Quoique, me montrant de la main
Un sépulcre, son noir repaire,
La vieille au regard de vipère
M'ait dit : — Je t'attends là demain! —
« Volons ! plus de noires pensées !
Ce son^ les tambours que j'entends.
Voici les dames entassées, Les tentes de pourpre dressées, Les fleurs et les drapeaux flottants.
« Sur deux rano:s le cortège ondoie.
D'abord les piquiers aux pas lourds ; ^AzÀJUxyy^^^J^-'''^ Puis, sous l'étendard qu'on déploie, ^ Les barons, en robe de soie, Avec leurs toques de velours.
« Voici les chasubles des prêtres ; Les hérauts sur un blanc coursier.
Tous, en souvenir des ancêtres.
Portent l'écusson de leurs maîtres.
Peint sur leur corselet d'acier,
a Admirez l'armure persane
Des Templiers, craints de l'enfer ;. o 1^ lX,
Et. sous la longue pertuisane, >MX/^^^'^^
Les archers venus de Lausanne,
Vêtus de buffle, armés de fer.
« Le duc n'est pas loin ; ses bannières Flottent parmi les chevaliers ;
/-ex
tAfl-^M^^^ Quelques enseignes prisonnières,
JJy^,jt^(^ Honteuses, passent les dernières.. /^ |7 ^^^ sœurs ! voici les timbaliers !... »
Elle dit, et sa vue errante Plonge, hélas ! dans les rangs pressés Puis, dans la foule indifférente, Elle tomba froide et mourante...
Les timbaliers étaient passés.
Octobre 1825.
Le succès des Orientales dépassa celui des Odes et Ballades. Plusieurs éditions, coup sur coup, ne l'épuisèrent pas. C'est que le poète n'avait encore rien donné d'aussi nouveau par la forme et le fond ; et c'est que l'Orient décrit ou évoqué dans ces poésies éclatantes était celui dont s'occupait l'Europe entière depuis le commencement de l'insurrection grecque (1821). La guerre sortie de cette insurrection et qui affranchit la Grèce n'était pas encore terminée lorsque parurent les Orientales. Aux pièces inspirées par cette guerre : Canaris, Navarin, la Bataille perdue, V Enfant, etc., s'ajoutaient d'ailleurs un morceau biblique, le Feu du ciel ; des fantaisies orientales ou espagnoles, la Captive, Sara la baigneuse, Grenade, etc. (Le poète disait dans sa préface: « L'Espagne, c'est encore l'Orient ») ; im poème fantastique, les Djinns, d'un rythme aussi amusant que savant dans sa variété ; une ode enthousiaste à Napoléon, Lui ; un poème lyrique d'un mouvement prodigieux, Mazeppa ; Fantômes, enfin, et Novembre, vraies « feuilles d'automne » avant les Feuilles d'automne. Reconnaissons, néanmoins, que dans ce livre éblouissant Victor Hugo est plus habile à dessiner des formes qu'a" jïes sentiments. ~~