ADÈLE HUGO
EDAILLON PAR DAVID d'ANGERS
VICTOR HUGO — POÉSIE-
Mont qu'étreint l'océan de ses liquides marbres ! Mugissement des bœufs ! doux sommeils sous les arbres !
L'île semble prier comme un religieux ;
Tout à l'entour, chantant leur chant prodigieux,
L'abîme et l'océan font leur immense fête ;
La nue en passant pleure ; et l'écueil, sur son faîte,
Pendant que la mer brise à ses pieds le vaisseau.
Garde un peu d'eau du ciel pour le petit oiseau.
8 octobre 1854.
A MA FILLE ADELE
TOUT ENFANT, tu dormais près de moi, rose et fraîche, Comme un petit Jésus assoupi dans sa crèche ; Ton pur sommeil était si calme et si charmant Que tu n'entendais pas l'oiseau chanter dans l'ombre : i\Ioi, pensif, j'aspirais toute la douceur sombre Du mystérieux firmament.
Et j'écoutais voler sur ta tête les anges ; Et je te regardais dormir ; et sur tes langes J'effeuillais des jasmins et des œillets sans bruit ; Et je priais, veillant sur tes paupières closes ; Et mes yeux se mouillaient de pleurs, songeant aux choses Qui nous attendent dans la nuit.
Un jour mon tour viendra de dormir ; et ma couche, Faite d'ombre, sera si morne et si farouche Que je n'entendrai pas non plus chanter l'oiseau ; Et la nuit sera noire ; alors, ô ma colombe. Larmes, prière et fleurs, tu rendras à ma tombe Ce que j'ai fait pour ton berceau.
4 octobre 1857.