MAUVAISES LANGUES
UN PIGEON AIME une pigeonne !
Grand scandale dans le hallier Que tous les ans mai badigeonne :
Une ramière aime un ramier !
Leur histoire emplit les charmilles.
Par les leurs ils sont compromis.
Cela se voit dans les familles Qu'on est entouré d'ennemis.
Espionnage et commérage, Rien ne donne plus d'âcreté.
De haine, de vertu, de rage Et de fiel, qu'un bonheur guetté.
Que de fureur dans cette églogue !
L'essaim volant aux mille voix
Parle, et mêle à son dialogue Toutes les épines des bois.
L'ara blanc, la mésange bleue.
Jettent des car, des si, des mais.
Où les gestes des hochequeue Semblent semer des guillemets.
— J'en sais long sur la paresseuse !
Dit un corbeau, juge à mortier.
— Moi, je connais sa blanchisseuse.
— Et moi, je connais son portier.
— Certe, elle n'est point sauvagesse I
— Est-on sûr qu'ils soient mariés?
— Voilà, pour le prix de sagesse, Deux pigeons bien avariés ! —
Le geai dit : — Leurs baisers blasphèment I Le pinson chante : — Ça ira. — La Hnotte fredonne : — Ils s'aiment. — ■ La pie ajoute : — Et caetera. —
On lit que vers elle il se ghsse, Le soir, avec de petits cris, Dans le rapport à la pohce Fait par une chauve-souris.
Le peuple ailé s'indigne, tance.
Fulmine un verdict, lance un bill.
Tel est le monde. Une sentence Redoutable sort du babil.
Cachez-vous, Rosa. Fuyez vite Loin du bavardage acharné.
L'amourette qu'on ébruite Est un rosier déraciné.
Tout ce conte, ô belle ineffable.
Doit par vous être médité.
Prenez garde, c'est une fable, C'est-à-dire une vérité.