‹ OEuvres choisies illustréesChapitre 253 sur 293 · Doctrine de Moïse · texte numérisé non relu

Doctrine de Moïse

Et, à coup sûr, on peut trouver que les développements donnés à leur pen • sée par les Oiseaux et par l'Ange sont parfois d'une longueur excessive. Mais quelle éloquence dans ces longueurs mêmes ! que d'images inattendues et saisissantes !... Et quelle généreuse intrépidité dans le spiritualisme et le déisme d'où le poème est sorti et où il aboutit, comme cet autre poème dont nous avons parlé, Religions et Religion !

La matière n'est pas, et l'âme seule existe.

Dieu n'a qu'un front : Lumière ! et n'a qu'un nom : Amour !

Avec quelle émotion, d'autre part, Victor Husro dépeint, en un endroit, un des plus horribles aspects du mal dans le monde :

Va-t'en aux lieux profonds, aux rocs voisins du ciel. Aux caves des souris, aux ravins à panthères ; Regarde ce bloc d'ombre et ce tas de mystères ; Fouille l'air, l'onde, l'herbe ; écoute l'affreux bruit Des broussailles, le cri des alpes dans la nuit, Le hurlement sans nom des jungles tropicales ; Quelle vaste douleur ! Les hyènes bancales Rôdent ; sur la perdrix le milan tombe à pic ; La martre infâme mord le flanc du porc-épic.

Sur le crâne pelé du mont sinistre et nu Le trou de l'aigle est plein de carnage et de fiente ; La chouette, en qui vit la nuit terrifiante. Tout en broyant du bec l'oiseau qu'elle surprit. Songe ; le vautour blanc lui prend sa proie, et rit ; L'éléphant marche avec un fracas d'épouvante ; L'affreux jararrara, comme une onde vivante. Autour des hauts bambous et des joncs tortueux Se roule, et les roseaux deviennent monstrueux ; Le museau de la fouine au poulailler se plonge ; Sur la biche aux yeux bleus le léopard s'allonge : Le bison sur son dos emporte le conquard Qui lui suce le sang pendant qu'il fuit hagard.

Tout souffre; grand, petit, le hardi, le prudent, Tout rencontre un chasseur, une griffe, une dent !

Une sorte d'horreur implacable enveloppe L'aigle et le colibri, le tigre et l'antilope. L'eau noire fait songer le grave pélican. Partout la gueule s'ouvre à côté du volcan ; Partout les bois ont peur ; partout la bête tremble D'un frisson de colère ou d'épouvante ; il semble A celui qui ne voit l'être que d'un côté, Qu'une haine inouïe emplit l'immensité.

Au-dessous du titre, on lit : 1852-18 jo. Les pièces réunies dans ce volume ont donc été inspirées par le Second empire et par l'exil. La première : Entrée au désert, est d'août 1852 ; la dernière : Coups de clairon, du milieu de 1870. Ainsi le recueil complète les Châtiments, — que, malheureusement, il n'égale pas.

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