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LE PROPHÈTE ET LE POÈTE

LE PROPHÈTE et le poète Affirment l'être au néant ; La terre écoute, inquiète, Cet archange et ce géant ; La foule aux vils dialogues.

Ce tas de loups et de dogues Qui rôde sous le ciel bleu.

Tout ce noir troupeau qui nie.

Aboie après le génie Interlocuteur de Dieu.

Toute la sombre cohue

Des errants et des vivants

Craint les penseurs ; elle hue

Ces grands fronts, battus des vents ;

Elle s'écrie en sa haine :

« D'où vient qu'ils n'ont pas de chaîne,

Et planent quand nous fuyons?

D'où vient que leurs cœurs flamboient?

Qu'est-ce donc que leurs yeux voient.

Pour avoir tant de rayons? »

Quand les grands aigles fidèles

Dans l'âpre nuit sans amour

Vont, donnant de fiers coups d'ailes

Du côté du point du jour.

L'ombre aveugle, l'ombre athée,

Invective, épouvantée,

Ces passants à l'œil vermeil

Qui troublent sa solitude

Avec leur vieille habitude

De regarder le soleil.

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