LA PAUVRE FLEUR DISAIT
LA PAUVRE FLEUR disait au papillon céleste :
— Ne fuis pas !
Vois comme nos destins sont différents. Je reste,
Tu t'en vas !
Pourtant nous nous aimons, nous vivons sans les hommes.
Et loin d'eux, Et nous nous ressemblons, et l'on dit que nous sommes
Fleurs tous deux '
Mais hélas ! l'air t'emporte et la terre m'enchaîne.
Sort cruel !
Je voudrais embaumer ton vol de mon haleine
Dans le ciel !
Mais non, tu vas trop loin ! Parmi les fleurs sans nombre
Vous fuyez, Et moi je reste seule à voir tourner mon ombre
A mes pieds.
Tu fuis, puis tu reviens ; puis tu t'en vas encore
Luire ailleurs.
Aussi me trouves-tu toujours à chaque aurore
Toute en pleurs !
Oh ! pour que notre amour coule des jours fidèles,
O mon roi!
Prends comme moi racine, ou donne-moi des ailes
Comme à toi.
Septembre 1834.