TOI, SOIS BÉNIE A JAMAIS
TOI, sois bénie à jamais !
Eve qu'aucun fruit ne tente !
Qui de la vertu contente Habites les purs sommets !
Ame sans tache et sans rides, Baignant tes ailes candides, A l'ombre et bien loin des yeux.
Dans uii flot mystérieux.
Moiré de reflets splendides !
Sais-tu ce qu'en te voyant L'indigent dit quand tu passes ?
— Voici le front plein de grâces Qui sourit au suppliant !
Notre mfortune la touche.
Elle incline à notre couche
I, C'est à sa femme que Victor Hugo s'adresse, dans cette espèce de cantique d'admiration tendre, reconnaissnnte.
Un visage radieux ;
Et les mots mélodieux
Sortent charmants de sa bouche 1 — ■
Sais-tu, les yeux vers le ciel, Ce que dit la pauvre veuve ?
— Un ange au fiel qui m'abreuve Est venu mêler son miel.
Comme à l'herbe la rosée,
Sur ma misère épuisée, Ses bienfaits sont descendus.
Nos cœurs se sont entendus, Elle heureuse, et moi brisée !
a J'ai senti que rien d'impur Dans sa gaîté ne se noie, Et que son front a la joie Comme le ciel a l'azur.
Son œil de même a su lire Que le deuil qui me déchire N'a que de saintes douleurs.
Comme elle a compris mes pleurs. Moi, j'ai compris son sourire. —
Pour parler des orphelins.
Quand, près du foyer qui tremble,
Dans mes genoux je rassemble
Tes enfants de ton cœur pleins ;
Quand je leur dis l'hiver sombre,
La faim, et les maux sans nombre
Des petits abandonnés.
Et qu'à peine sont-ils nés
Qu'ils s'en vont pieds nus dans l'ombre ;
Tandis que, silencieux Le groupe écoute et soupire.
Sais-tu ce que semblent dire Leurs yeux pareils à tes yeux ?
— Vous qui n'avez rien sur terre, Venez chez nous ! pour vous plaire Nous nous empresserons tous :
Et vous aurez comme nous Votre part de notre mère ! —
im — LES CHAXTS LU CREPUSCULE
Sais-tu ce que dit mon cœur ?
— Elle est indulgente et douce,
Et sa lèvre ne repousse
Aucune amère liqueur.
Mère pareille à sa fille,
Elle luit dans ma famille
Sur mon front que l'ombre atteint.
Le front se ride et s'éteint,
La couronne toujours brille. —
Au-dessus des passions.
Au-dessus de la colère.
Ton noble esprit ne sait faire
Que de nobles actions.
Quand jusqu'à nous tu te penches,
C'est ainsi que tu t'épanches
Sur nos cœurs que tu soumets.
D'un cygne il ne peut jamais
Tomber que des plumes blanches I
Octobre 1635.
DATE LIUA
OH ! gl VOUS RE^'COXTREZ quelque part sous les deux
Une femme au front pur, au pas grave, aux doux yeux.
Que suivent quatre enfants dont le dernier chapcelle,
Les surveillant bien tous, et, s'il passe auprès d'elle
Quelque aveugle indigent que l'âge appesantit,
Mettant une humble aumône aux mains du plus petit ;
Si, quand la diatribe autour d'un nom s'élance,
Vous voyez une femme écouter en silence,
Et douter, puis vous dire : — Attendons pour juger.
Quel est celui de nous qu'on ne pourrait charger ?
On est prompt à ternir les choses les plus belles.
La louange est sans pieds et le blâme a des ailes. —
Si, lorsqu'un souvenir, ou peut-être un remords,
Ou le hasard, vous mène à la cité des morts,
I. i Dormez les lis à pleines mains» : Manibus date liUa plenis (Virgile, Enéide, VI, 805). — La femme célébrée dans cette poésie, c'est encore Mme Victor Hugo.
Vous voyez, au détour d'une secrète allée,
Prier sur un tombeau dont la route est foulée.
Seul avec des enfants, un être gracieux
Qui pleure en souriant comme l'on pleure aux cieux ;
Si de ce sein brisé la douleur et l'extase
S'épanchent comme l'eau des fêlures d'un vase ;
Si rien d'humain ne reste à cet ange éploré ;
Si. terni par le deuil, son œil chaste et sacré,
Bien plus levé là-haut que baissé vers la tombe,
Avec tant de regret sur la terre retombe
Qu'on dirait que son cœur n'a pas encore choisi
Entre sa mère au ciel et ses enfants ici...
Oh ! qui que vous soyez, bénissez-la. C'est elle !
La sœur, visible aux yeux, de mon âme immortelle !
Mon orgueil, mon espoir, mon abri, mon recours !
Toit de mes jeunes ans qu'espèrent mes vieux jours !
C'est elle ! la vertu sur ma tête penchée ;
La figure d'albâtre en ma maison cachée ;
L'arbre qui, sur la route où je marche à pas lourds,
Verse des fruits souvent et de l'ombre toujours ;
La femme dont ma joie est le bonheur suprême ;
Qui, si nous chancelons, ses enfants ou moi-même.
Sans parole sévère et sans regard moqueur.
Les soutient de la main et me soutient du cœur ;
Celle qui, lorsqu'au mal, pensif, je m'abandonne.
Seule peut me punir et seule me pardonne ;
Qui de mes propres torts me console et m'absout ;
A qui j'ai dit : « Toujours ! » et qui m'a dit : « Partout ! v
Elle ! tout dans un mot ! c'est dans ma froide brume
Une fleur de beauté que la bonté parfume !
D'une double nature hymen mystérieux !
La fleur est de la terre et le parfum des cieux 1-
Octobre 1834.
L'auteur disait avec raison, dans sa préface: » Ce volume. avec quel- Ques nuances nouvelles peut-être, ne fait que continuer ceux qui l'ont ^t£- U a cédé jj. On y trouve^eux pièces d'inspiration philosophico-pqlitiqu^ mi£lutot.^^ historique : SmîtïàcrymcB rerum^, noble méditation sur la mort de"Charles X ; / A VArc de Triomphe, où 1(^ poète nous représente ce glorieux monument d'héroïsme survivant seul un jour, à Paris.. — aveC la Colonne de la place ^ \'ëndôme... et Notre-Dame. — - Quant à la note amoureuse, elle est moio^ vive dans ces Voix intérieures que dailS le? Cha}it5 du crefûscule.: et, en gêné- /7?^ rzd^ poésie de Victor ilû^ a ici nn caractère aggp? nr^nxr<^oi^ de j;érènité, — {' Le recueil est dédié à <•■ Joseph-Léopold-Sigisbert comte Hugo, lieutenant.^ général des armées du roi », par c son fils respectueux e.