JUGEMENTS
VICTOR HUGO ET SON ŒUVRE Jugements.
Voici quelques-uns des plus remarquables jugements portés sur Victor Hugo et son œuvre, soit de son vivant, soit depuis sa mort :
Victor Hugo jugé «... Victor Hiigo était, dès le pri!i.-ipe
ISnex.lrs^r'^ll l'homme le mieux doué, le plus visible .. t ques contemporains, elu po ir exprimer par la poé Q( dans le volume in ti- j'appe. er-^is le mystère de ■ i ;p"3^,'7^rfe. '^-^ti^te n'est plus universel ^u. apte à se mettre en contact s ec de la vie universelle, plus disposé à prendre sans •. ui
bain de nature. Non seulement il exprime nettement, traduit littéralement la lettre nette et claire ; mais il exprime, avec Vohsciirité indispensable, ce qui est obscur et confusément révélé... C'est un génie sans frontières. Nous sommes éblouis, enchantés et enveloppés par la vie elle-même... L'excessif, l'immense, sont le domaine naturel de Victor Hugo : il s'y meut comme dans son atmosphère natale. Le génie qu'il a de tout temps déployé dans la peinture de toute la monstruosité qui enveloppe l'homme est vraiment prodigieux... »
Victor Hugo jugé „ ... n est hautement idéahste. L'idée pour
fe^FiWo du ai'^mïï ^^^ pénètre la matière, et en constitue la 1885). raison d'être. Son Dieu n'est pas le Dieu
caché de Spinoza, étranger au développement de l'univers... C'est l'abîme des gnostiques. Sa vie s'est passée dans la puissante obsession d'un inlini vivant, qui l'embrassait, le débordait de toutes parts, et au sein duquel il lui était doux de se perdre et de délirer... » — Et plus loin: « A mesure qu'il avançait dans la vie, le grand idéalisme qui l'avait toujours rempli s'élargissait, s'épurait. Il était de plus en plus pris de pitié pour les miUions d'êtres que la nature immole à ce qu'elle fait de grand. Eternel honneur de notre race ! Partis des deux pôles opposés, Hugo et Voltaire se rencontrent dans l'amour de la justice et de l'humanité... »
10 — JUCrEMEXTS
Victor Hugo j ucé par Leconte de LiSLr (Discours de réception à l'Académie française où l'auteur des Poèmes antiquei et des Poèmes 6ar- 6ar« succédait à l'auteur de la Légende des siècles ; 31 mars 18S7).
c ...Bien qu'il se soit mêlé ardemment aux luttes politiques et aux revendications sociales, Victor Hugo est avant tout et surtout un grand et sublime poète. . . Sa vie entière a été un chant multiple et sonore où toutes les passions, toutes les tendresses, toutes les sensations, toutes les colères généreuses qui ont agité, ému, traversé l'âme humaine dans le cours de ce siècle ont trouvé une expression souveraine. Il est de la race, désormais éteinte sans doute, des génies universels, de ceux qui n'ont point de mesure, parce qu'ils voient tout plus grand que nature ; de ceux qui, se dégageant de haute lutte et par bonds des entraves communes, embrassent de jour en jour une plus large sphère... ; de ceux qui cessent parfois d'être aisément compréhensibles, parce que l'envolée de leur imagination les emporte jusqu'à l'inconnaissable... )> — Et plus loin : <( Le vers plein de force et d'éclat du plus grand des lyriques s'empreint, quand il le veut, d'une grâce et d'un charme irrésistibles. Non seulement il vivifie ce qu'il conçoit, ce qu'il voit, ce qu'il entend, mais il excelle à rendre saisissant ce qui est' obscur dans l'âme, et vague dans la nature. L'herbe, l'arbre, la source, le vent, la mer chantent, parlent, souffrent, pleurent et rêvent ; le sens mystérieux des bruits universels nous est révélé... »
Victor Hugo JUGÉ PAR « ...Le voilà son titre, sa force, c'est M. ^\''\^^^^jjf^^^^^l d'être le maître des mots français : leur pp!''442Î5o riSgVT' ensemble forme tout le trésor et toute l'âme de la race. » Mais, pour les masses que M. Barrés nous peint ici dans sa pathétique description des " fêtes funéraires de Victor Hugo », il est, et « fort justement... ceci : la plus haute magistrature nationale. Elles le remercient de l'appui magnifique qu'il a donné aux formes successives de l'idéal français dans ce siècle. Oui, c'est le chef mystique, le voyant moderne, non pas le romantique élégiaqûe et dramaturge, que ces grandes foules assistent >;. — Et plus loin, appelant Victor Hugo un contemplateur : « Ce contemplateur nous enseigne qu'il n'y a pas que le clair, le certain, le fixe, l'isolé : il nous restitue le mystère, le changement, ia solidarité de tous les êtres et de toutes choses... On a raison d'écouter sa voix comme une voix primitive. Les mots, tels que savait les disposer son prodigieux génie verbal, rendent sensibles d'innombrables fils secrets qui relient chacun de nous avec la nature entière.... Par l'agencement et la force de son verbe, Hugo dilate en nous la faculté de sentir les secrets du passé et les énigmes du futur ; il jette des lueurs sur
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les étapes de nos origines, et sur la direction de l'avenir... Plusieurs de ses paroles nous ont vraiment menés sur les' bords de ce double abîme dont il parlait volontiers : gouffre d'ombre sous nos pieds, gouffre de lumière sur nos têtes...
Victor Hugo JUGÉ PAR « •• Qu'aucun de nos lyriques, en aucun
BRUNETiÈRE(dansia temps, n'ait égalé ou même approché Victor préface et la conclu- Hugo pour l'abondance de l'invention verv'Ï^X" ^t« '''^'«' P""-^ 1^ "<=hesse de l'orchestration poéfaites à l'Ecole nor- tique et pour l'ampleur du souffle oratoire ; maie supérieure par — que l'expansion OU le débordement de inn^Lt1l;l9<S- ^a puissante personnalité, s'il nous intéresse 1901). en soi. dans son théâtre, nous empêche
pourtant de prendre à Rny Blas ou aux Burgraves le même genre de plaisir qu'au drame «impersonnel » de Shakespeare ou qu'à la tragédie « objective de Racine »... — et que sa dernière ou plutôt son avant-dernière manière, celle de la Légende des siècles et des Misérables, nous donne la sensation de ce qu'il y a certainement de plus épique en notre langue, voilà dès à présent des vérités acquises... » — « D'autres l'ont précédé dans la plupart de ses voies. Les Méditations sont antérieures aux Odes et Ballades, l'Allemagne à la Préface de Cromwell, les romans de Walter Scott à Notre-Dame de Paris, et le Juif errant aux Misérables. Mais c'est ce qui n'importe guère !... En littérature comme en art les idées n'appartiennent pas à celui qui les a « trouvées » ou « inventées », mais à celui qui en a fixé l'expression décisive, adéquate et définitive. Tel est le cas de Victor Hugo. Et puisque, d'ailleurs, l'évolution des idées littéraires au xix^ siècle n'apparaît nulle part plus évidemment que dans son œuvre, et ne s'y dessine avec plus de clarté, puisque ces idées n'ont pas rencontré d'interprète plus éloquent ou plus inspiré, puisque la manière dont il a su se les approprier a comme anéanti jusqu'au souvenir de ceux qui peut-être les avaient jetées les premiers dans la circulation, c'est donc à lui désormais qu'en appartiendra la gloire.
a Et s'il n'en reste qu'un, ce sera celui-là. »