‹ OEuvres choisies illustréesChapitre 54 sur 293 · PASSE · texte numérisé non relu

PASSE

C'ÉTAIT UN GRAND CHATEAU du temps de Louis Treize.

Le couchant rougissait ce palais oubhé.

Chaque fenêtre au loin, transformée en fournaise,

Avait perdu sa forme /et n'était plus que braise.

Le toit disparaissait, 'dans les raypns noyé.

Sous nos yeux s'étendait, gloire antique abattue. Un de ces parcs dont l'herbe inonde le chemin. Où dans un coin, de Herre à demi revêtue. Sur un piédestal gris, l'Hiver, morne statue. Se chauffe avec un feu de marbre sous sa main.

O deuil ! le grand bassin dormait, lac solitaire.

Un Neptune verdâtre y moisissait dans l'eau.

Les roseaux cachaient l'onde, et l'eau rongeait la terre.

Et les arbres mêlaient leur vieux branchage austère,

D'où tombaient autrefois des rimes pour Boileau,

LES \OIX IXTÈRIEURES — 11 .'3

On voyait par moments errer dans la futaie '\LMAjtn0 -w-^^ Y^ ' De beaux cerfs qui semblaient regretter leT chasseurs ; Et, pauvres marbres blancs qu'un vieux tronc d'arbre étaic, /ua^L^^*^^ Seules, sous la charmill^, hélas ! changée en haie, ^J.^x^i,Cr,,^r*juà JuuÂ^tx

Soupirer Gabrielle "^ et Vénus, ces deux sœurs

Les manteaux relevés par la longue rapière,

Hélas ! ne passaient plus dans ce jardin sans voix.

Les tritons avaient l'air de fermer la paupière.

Et, dans l'ombre, entr'ouvrant ses mâchoires de pierre.

Un vieux antre ennuyé bâillait au fond du bois.

Et je vous dis alors : — Ce château dans son ombre A contenu l'amour, frais comme en votre cœur. Et la gloire, et le rire, et les fêtes sans nombre; Et toute cette joie aujourd'hui le rend sombre. Comme un vase noircit rouillé par sa liqueur.

Dans cet antre, où la mousse a recouvert la dalle. Venait, les yeux baissés et le sein palpitant, Ou la belle Caussade ou la jeune Caudale, Qui, d'un royal amant conquête féodale.

En entrant disait Sire, et Louis en sortant.

Alors comme aujourd'hui, pour Caudale ou Caussade, La nuée au ciel bleu mêlait son blond duvet, Un doux rayon dorait le toit grave et maussade, Les vitres flamboyaient sur toute la façade. Le soleil souriait, la nature rêvait!

Alors comme aujourd'hui, deux cœurs unis, deux âmes Erraient sous ce feuillage où tant d'amour a lui. Il nommait sa duchesse un ange entre les femmes. Et l'œil plein de rayons et l'œil remph de flammes S'éblouissaient l'un l'autre, alors comme aujourd'hui.

Au loin dans le bois vague on entendait des rires. C'étaient d'autres amants, dans leur bonheur plongés. Par moments un silence arrêtait leurs délires. Tendre, il lui demandait : « D'où vient que tu soupires ? Douce, elle répondait : « D'où vient que vous songez ? "

I. Gabrielie d'Estrées, lavorite d'Hemi IV qui se préparait à l'épouàfr, ior^quui mort foudroyante la lui enleva (1573- 1599).

Tous deux, l'ange et le roi, les mains entrelacées, Ils marchaient fiers, joyeux, foulant le vert gazon. Ils mêlaient leurs regards, leur souffle, leurs pensées... O temps évanouis ! ô splendeurs éclipsées ! O soleils descendus derrière l'horizon! —

Avril 1835.

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