‹ OEuvres choisies illustréesChapitre 60 sur 293 · REGARD JETÉ DANS UNE MANSARDE · texte numérisé non relu

REGARD JETÉ DANS UNE MANSARDE

L'ÉGLISE EST VASTE et haute. A ses clochers superbes

L'ogive en fleurs suspend ses trèfles et ses gerbes ;

Son portail resplendit, de sa rose pourvu ;

Le soir fait fourmiller sous la voussure énorme

Anges, vierges, le ciel, l'enfer sombre et difforme,

Tout un monde effrayant comme un rêve entrevu.

Mais ce n'est pas l'église et ses voûtes subhmes,

Ses porches, ses vitraux, ses lueurs, ses abîmes.

Sa façade et ses tours, qui fascinent mes yeux ;

Non ; c'est, tout près, dans l'ombre où l'âme aime à descendre,

Cette chambre d'où sort un chant sonore et tendre.

Posée au bord d'un toit comme un oiseau joyeux.

Oui, l'édifice est beau, mais cette chambre est douce ! J'aime le chêne altier moins que le nid de mousse ; J'aime le vent des prés plus que l'âpre ouragan ; Mon cœur, quand il se perd sur les vagues béantes. Préfère l'algue obscure aux falaises géantes, Et l'heureuse hirondelle au splendide océan.

Frais réduit ! à travers une claire feuillée,

Sa fenêtre petite et comme émerveillée

S'épanouit auprès du gothique portail.

Sa verte jalousie à trois clous accrochée,

Par un bout s'échappant, par l'autre rattachée.

S'ouvre coquettement comme un grand éventail.

Au dehors, un beau lys. qu'un prestige environne, Emplit de sa racine, et de sa fleur couronne

— Tout près de la gouttière où dort un chat sournois — Un vase à forme étrange en porcelaine bleue Où brille, avec des paons ouvrant leur large queue, Ce beau pays d'azur que rêvent les Chinois.

Et dans l'intérieur, par moments, luit et passe Une ombre, une figure, une fée, une grâce, Jeune fille du peuple, au chant plein de bonheur, Orphehne, dit-on, et seule en cet asile, Mais qui parfois a l'air, tant son front est tranquille. De voir distinctement la face du Seigneur.

On sent, rien qu'à la voir, sa dignité profonde. De ce cœur sans Hmon nul vent n'a troublé l'onde. Ce tendre oiseau qui jase ignore l'oiseleur. L'aile du papillon a toute sa poussière. L'âme de l'humble \'ierge a toute sa lumière. La perle de l'aurore est encor dans la fleur.

Dans un coin obscur de la chambre, près de la cheminée, quatre épingles tiennent attaché au mur un portrait de Napoléon, et, près de ce portrait, brille une croix d honneur, « orgueil de la pauvre orpheline », — la croix de son père, en effet !

Le matin, elle chante, et puis elle travaille.

Sérieuse, les pieds sur sa chaise de paille,

Cousant, taillant, brodant quelques dessins choisis ;

Et, tandis que, songeant à Dieu, simple et sans crainte,

Cette vierge accompHt sa tâche auguste et sainte,

Le silence rêveur à sa porte est assis.

Ainsi, Seigneur, vos mains couvrent cette demeure. Dans cet asile obscur, qu'aucun souci n'effleure. Rien qui ne soit sacré, rien qui ne soit charmant ! Cette âme, en vous priant pour ceux dont la nef sombre, Peut monter chaque soir vers vous sans faire d'ombre Dans la sérénité de votre firmament.

Nul danger ! nul écueil!... — Si! l'aspic est dans l'herbe \

Hélas ! hélas ! le ver est dans le fruit superbe.

Pour troubler une vie il suffit d'un regard.

Le mal peut se montrer, même aux clartés d'un cierge.

I. Ce danger, cet c aspic », c'est la lecture d'un trop fameux poème de Voltaire

La curiosité qu'a l'esprit de la vierge

Fait une plaie au cœur de la femme plus tard.

Oh ! la croix de ton père est là qui te regarde !

La croix du vieux soldat mort dans la vieille garde !

Laisse-toi conseiller par elle, ange tenté !

Laisse-toi conseiller, guider, sauver peut-être

Par ce lys fraternel, penché sur ta fenêtre,

Qui mêle son parfum à ta virginité !

Par toute ombre qui passe en baissant la paupière !

Par les vieux saints rangés sous le portail de pierre!

Par la blanche colombe aux rapides adieux !

Par l'orgue ardent dont l'hymne en longs sanglots se brise

Laisse-toi conseiller par la pensive église !

Laisse-toi conseiller par le ciel radieux !

Laisse-toi conseiller par l'aiguille ouvrière.

Présente à ton labeur, présente à ta prière,

Qui dit tout bas : Travaille! — Oh! crois-la! Dieu, vois-tu,

Fit naître du travail, que l'insensé repousse.

Deux filles : la vertu, qui fait la gaîté douce,

Et la gaîté, qui rend charmante la vertu !

Entends ces mille voix, d'amour accentuées, Qui passent dans le vent, qui tombent des nuées, Qui montent vaguement des seuils silencieux, Que la rosée apporte avec ses chastes gouttes, Que le chant des oiseaux te répète, et qui toutes Te disent à la fois : — Sois pure sous les cieux !

Sois pure sous les cieux ! comme l'onde et l'aurore. Comme le joyeux nid, comme la tour sonore, Comme la gerbe blonde, amour du moissonneur, Comme l'astre inchné, comme la fleur penchante, Comme tout ce qui rit, comme tout ce qui chante. Comme tout ce qui dort dans la paix du Seigneur !

Sois calme. Le repos va du cœur au visage ;

La tranquilUté fait la majesté du sage.

Sois joyeuse. La foi vit dans l'austérité ;

Un des reflets du ciel, c'est le rire des femmes ;

La joie est la chaleur que jette dans les âmes i

Cette clarté d'en haut qu'on nomme Vérité. '

LES R.noy^ ET LEiS OMBRES

La joie est pour l'esprit une riche ceinture La joie adoucit tout dans l'immense nature EtT. Z" ^;^^^^^%^°^^^ Po^e le nid charmant

^r îa rZ'r "'' ^''^' ^^^ '^' ^^°^ ^'^^^be épaisse. Car la rume même autour de sa tristesse A besom de jeunesse et de rayonnement!

Sois bonne. La bonté contient les autres choses Le Seigneur indulgent sur qui tu te reposes ' Compose de bonté le penseur fraternel La bonté c'est le fond des natures augustes. D une seule vertu Dieu fait le cœur des justes Comme d un seul saphir la coupole du ciel

BWh '"f ^y^'/°^^^ ^n lys, comme un cygne

Et tu seras de ceux qui, sans peur, sans ennuis, ' ^es saintes actions amassant la richesse Rangent leur barque au port, leur vie à la sagesse Et, pnant tous les soirs, dorment toutes les nuTts '

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