‹ OEuvres choisies illustréesChapitre 75 sur 293 · O SOLDATS DE L'AN DEUX ! O GUERRES ! EPOPEES · texte numérisé non relu

O SOLDATS DE L'AN DEUX ! O GUERRES ! EPOPEES

O SOLDATS DE L'AN DEUX ! ô guerres ! épopées ! Contre les rois tirant ensemble leurs épées,

Prussiens, Autrichiens, Contre toutes les Tyrs et toutes les Sodomes, Contre le czar du nord, contre ce chasseur d'hommes

Suivi de tous ses chiens.

Contre toute l'Europe avec ses capitaines. Avec ses fantassins couvrant au loin les plaines,

Avec ses cavaliers.

Tout entière debout comme une hydre vivante. Ils chantaient, ils allaient, l'âme sans épouvante

Et les pieds sans souHers !

Au levant, au couchant, partout, au sud, au pôle, Avec de vieux fusils sonnant sur leur épaule.

Passant torrents et monts.

Sans repos, sans sommeil, coudes percés, sans vivres. Ils allaient, fiers, joyeux, et soufflant dans des cuivres

Ainsi que des démons !

La Liberté sublime emplissait leurs pensées. Flottes prises d'assaut, frontières effacées Sous leur pas souverain.

j. Commencement de la pièce intitulée A l'obéissance passive.

O France, tous les jours, c'était quelque prodige, Chocs, rencontres, combats ; et Joubert sur l'Adige, Et Marceau sur le Rhin !

On battait l'avant-garde, on culbutait le centre ; Dans la pluie et la neige et de l'eau jusqu'au ventre,

On allait ! en avant !

Et l'un offrait la paix, et l'autre ouvrait ses portes, Et les trônes, roulant comme des feuilles mortes.

Se dispersaient au vent !

Oh ! que vous étiez grands au miUeu des mêlées, Soldats ! L'œil plein d'éclairs, faces échevelées.

Dans le noir tourbillon, Ils rayonnaient, debout, ardents, dressant la tête ; Et comme les lions aspirent la tempête

Quand souffle l'aquilon,

Eux, dans l'emportement de leurs luttes épiques. Ivres, ils savouraient tous les bruits héroïques,

Le fer heurtant le fer, La Marseillaise ailée et volant dans les balles. Les tambours, les obus, les bombes, les cymbales,

Et ton rire, ô Kléber !

La Révolution leur criait : — Volontaires,

Mourez pour déUvrer tous les peuples vos frères ! —

Contents, ils disaient oui.

— Allez, mes vieux soldats, mes généraux imberbes ! Et l'on voyait marcher ces va-nu-pieds superbes jj

Sur le monde ébloui ! '

La tristesse et la peur leur étaient inconnues. Ils eussent, sans nul doute, escaladé les nues.

Si ces audacieux.

En retournant les yeux dans leur course olympique. Avaient vu derrière eux la grande République

Jersey, 7-13 janvier 1853

154 — LES CBATBŒyTS

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