‹ Œuvres choisiesChapitre 127 sur 149 · ACTE IV, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IV

Un méchant afTiché, dont on craint le passage; Qui, traînant avec lui les rapports, les horreurs, L'esprit de fausseté, l'art affreux des noirceurs, Abhorré, méprisé, couvert d'ignominie.

Chez les honnêtes gens demeure sans patrie. Yoilà le vrai proscrit, et vous le connoissez.

VALÈRK.

Je ne le vcrrois plus si ce que vous pensez Alloit m'ètre prouvé : mais on outre les choses; C'est donner à des riens les plus horribles causes. Quant à la probité, nul ne peut l'accuser; Ce qu'il dit, ce qu'il fait n'est que pour s'amuser.

ARISTE

S'amuser, dites-vous? Quelle erreur est la vôtre!

Quoi? vendre tour à tour, immoler l'une h l'autro

Chaque société, diviser les esprits,

Aigrir des gens brouillés, ou brouiller des amis,

Calomnier, flétrir des femmes estimables.

Faire du mal d'autrui ses plaisirs détestables;

Ce germe d'infamie et de perversité

Est-il dans la même âme avec la probité?

Et parmi vos amis vous souffrez qu'on le nomme!

VALÈH?:.

Je ne le connois plus s'il n'est point honnête homme •

j^Iais il me reste un doute ; avec trop de bonté

Je crains de me piquer de singularité :

Sans condamner l'avis de Cléon, ni le vôtre,

J'ai l'esprit de mon siècle, et je suis comme un autre.

Tout le monde est méchant; et je serois partout

Ou dupe, ou ridicule avec un autre goût.

ARISTE

Tout le monde est méchant ? Oui, ces cœurs haïssables,

Ce peuple d'hommes faux, de femmes, d'agréables,

Sans principes, sans mœurs, esprits bas et jaloux,

Qui se rendent justice en se méprisant tous.

En vain ce peuple affreux, sans frein et sans scrupule,

De la bonté du cœur veut faire un ridicule;

Pour chasser ce nuage, et voir avec clarté

Que l'homme n'est point fait pour la méchanceté,

Consultez, écoulez pour juges, pour oracles,

Les hommes rassemblés; voyez à nos spectacles.

Quand on peint quelque trait de candeur, de bonté,

Oii brille en tout .son jour la tendre humanité.

Tous les cœurs sont remplis d'une volupté pure,

Et c'est là qu'on entend le cri de la nature.

VA LE RE

Vous me persuadez.

AUISTE.

Vous ne réussirez Qu'en suivant ces conseils; soyez bon, vous plairez; Si la raison ici vous a plu dans ma bouche, Je le dois à mon cœur, que votre intérêt touche.

^ A LE RE

Géronte vient : calmez Mjn esprit irrité, tt comptez pour toujours sur ma docililô.

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