ACTE IV, SCÈNE VI
CÉRONTE.
Que diable voulez-vous? Quelqu'un qui me conseille De m'empêtrer ici d'une espèce pareille M'aime-t-il? Vous voulez que je trouve parfait Un petit suflSsant qui n'a que du caquet, D'ailleurs mauvais esprit, qui décide, qui fronde, Parle bien de lui-même, et mal de tout le monde?
ARISTE
11 est jeune, il peut être indiscret, vain, léger;
Mais, quand le cœur est bon, tout peut se corriger.
S'il vous a révolté par une extra\agance.
Quoique sur cet article il s'obstine au silence.
Vous devez moins, je crois, vous en prendre à son cœur,
Qu'à de mauvais conseils, dont on saura l'auteur.
Sur la méchanceté vous lui rendrez justice :
Valère a trop d'esprit pour ne pas fuir ce vice;
Il peut en avoir eu l'apparence et le ton
Par vanité, par air, par indiscrétion;
Mais de ce caractère il a vu la bassesse :
Comptez qu'il est bien né, qu'il pense avec noblesse...
GÉRONTE
Il fait donc l'hypocrite avec vous : en effet Il lui manquoit ce vice, et le voilà parfait. Ne me contraignez pas d'en dire davantage; Ce que je sais de lui...
ARISTE
Cléon...
GÉRONTE
Encor I J'enrage :
Vous avez la fureur de mal penser d'autrui ;
Qu'a-t-il à faire là ? Vous parlez mal de lui
Tandis qu'il vous estime et qu'il vous justifie.
ARISTE
Moi! me justifier ! ehl de quoi, je vous prie?
GÉRONTE
Enfin...
ARISTE
Expliquez-vous, ou je romps pour jamais : Vous ne m'estimez plus, si des soupçons secrets...
GÉHONTE.
Tenez, voilà Cléon, il pourra vous apprendre, S'il veut, des procédés que je ne puis comprendre. C'est de mon amitié faire bien peu de cas... Je sors... car je dirois ce que je ne veux pas...