‹ Œuvres choisiesChapitre 4 sur 149 · GRESSET. IX · texte numérisé non relu

GRESSET. IX

c*est peut-être le seul endroit où la longueur soit sensible : ailleurs on s'aperçoit bien que les phrases pourraient être moins prolongées; mais la facilité empêche de regretter la précision. Ce n'est pas qu'il ne possède celle-ci même , et qu'il n'ait des morceaux où elle est très-bien marquée , tels que celui-ci :

Des mortels j'ai vu les chimères; Sur leurs fortunes mensongères J'ai vu régner la folle erreur ; J'ai vu mille peines cruelles Sous un vain masque de bonheur.

Mille petitesses réelles Sous une écorce de grandeur; Mille lâchetés infidèles Sous un coloris de candeur; Et j'ai dit au fond de mon cœur :

Heureux qui , dans la paix secrète D'une libre et sûre retraite.

Vit ignoré, content de peu, Et qui ne se voit point sans cesse Jouet de l'aveugle déesse , Ou dupe de l'aveugle dieu!

Il y a ici autant d'idées que de vers; et quoique la phrase soit pleine de choses, les tournures n'en sont pas moins faciles : c'est un des mérites de l'auteur. 11 y en a un qui est fort rare chez lui , et qui heureusement n'appartient guère à ce genre de poésie : c'est la force, c'est le ton mâle et ferme, soit des

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pensf'oa, soit des expressions. Il s'en Trouve pourtant un exemple remarquable sous plus û'un rapport:

Égaré dans le noir dédale Où le fantôme de Tliémis, Couché sur la pourpre et les lis, Penrlie la balance ini^gale, Et tire d'une urne vdnalc Des arrôts dictés par Cypris, Irais-je , orateur mercenaire Du faux et de la vérité, Chargé d'une haine étrangère.

Vendre aux querelles du vulgaire Ma voix et ma tranquillité; Et, dans l'antre de la chicane.

Aux lois d'un tribunal profane Pliant la loi de l'immortel, Par une éloquence anglicane, Saper et le trône et l'autel ?

Cela est vigoureux, et d'une manière qui est fort loin du ton général de l'ouvrage ; c'est une violente satire de l'esprit parlementaire, et je ne doute pas qu'on n'ait dit alors : Voilà du jésuite. Mais, jésuite ou non, la leçon n'était pas mauvaise, et l'on n'aurait pas mal fait d'en profiter.

On pourrait aussi rtljver quelques fautes de goût : je n'en citerai que deux qui m'ont paru les plus graves :

Telle est en somme

La demeure où je vis en >aix,

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