‹ Œuvres choisiesChapitre 53 sur 149 · A MADAME DU PERCHE · texte numérisé non relu

A MADAME DU PERCHE

C'est assez chanter • je me porte à merveille ; c'est tout ce que je sais de meilleur de ce pays-ci. Je crois qu'il n'est rien arrivé d'amusant sur la route que j'ai

I. Lorsque Vert-Vert parut, la supérieure de la Visitation engagea son frère, qui étoit ministre, à demander aux jésuites la punition du scandale que l'auteur avoit causé, disoit-elle, par 1^ publication de cet ou\rage. Les jésuites transférèrent Gresset de Tours à La Flèche, où le P. Bougeant a été également exilé pour son Amusement philosophique sur le langaje des bêles , et où il est mort de chagrin. L'ennui gagna Gresset dans cette demeure; s'il avoit été, comme son ami, lié par des vœux, il y seroit peut-être mort aussi ; mais an bout d'un an il donna sa démission de jésuite, et obtint par ce moyen une liberté qu'on lui auroit probablement refusée.

Gresset, en adressant son voyage à M"» Du Perche, y avoit joint deux chansons, dont l'une en patois tourangeau. Ces deux pièces n'ont point été conservées; il paroît qu'elles n'avoient que le mérite de celles que l'on compose pour l'amusement des sociétés : ainsi elles ne sont point à regreller.

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faite : c'est le pays le plus désert et le plus mort que j'aie encore vu.

En quittiint ces bords pleins de charmes, Un jour auparavant égayés par nos ris.

Presque tenté de verser quatre larmes, Je suivois lentement des sentiers moins fleuris •

Frappé d'une humeur léthargique,

Toujours confident de mon cœur, Mon esprit se livroit à ma tendre douleur;

Et l'allure mélancolique

De ma monture apoplectique

Re<ioubloit encor ma langueur :

Quand enfin, réveillé par le bruit des sonnettes Du Mercure crotté qui guidoit nos mazettes. Je vis les compagnons auxquels, dans ce beau cours.

Le sort m atteloit pour deux jours.

De cinq qu'ils étoienl je ne vous parlerai que d'un ; les autres n'étoient là que pour balayer quatorze lieues de crotte, et me parurent avoir pris congé depuis longtemps de tout esprit d'amusement; à l'exception d'un mien confrère, qui rioit à répétition une fois par heure, et qui est, pour la gaieté, de la même trem.pe à peu près que le cadet de la Vedette, quand il satle un œuf à la Hurtault. Ainsi mon unique consolation fut un vieux cordelier qui rcvenoit des eaux de Bourbonne pour se faire enterrer à La Flèche :

Attendu la paralysie, Il ne pouvoit chevaucher aisément;

A LA FLÈCHE. 'i21

Mais à l'aide d'un cabestan Nous le j;uin(lions artistemcnt Sur la piteuse liaquenée (Jue le diable avoit condamnée A. remporter le révérend.

Quoique le bon paler n'eût plus que les facultés do "âme, il tâchoit encore d'être drôle, et me contoit de la meilleure fui du monde toutes ses histoires: je vous les dirois bien, mais je ne me charge point de les écrire. Il est ici le geôlier de trente-quatre nonnes qui le font enrager, à ce qu'il m'assura : mais je brise sur cet article.

Attaquez-vous par quelque raillerie Un régiment d'infanterie, Mars ne fera qu'en rire, il s'en amusera • Mais si, par malheur, votre muse A draper les nonnes s'amuse.

L'amour-propre s'en vengera ; Dévotement il rugira.

Et bientôt il vous poursuivra Jusqu'à La Flèche, et par delà...

J'en reviens à mon bonhomme. Il m'amusa de son mieux, et tâcha de faire les beaux jours du voyage.

Mais quoi qu'il fit pour s'égayer, Un cordelier paralytique.

Ce n'est plus dans la république Ce qu'on appelle un cordelier.

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